Arnaud Montebourg: le nucléaire, hier « transitoire », aujourd’hui « d’avenir »

Par Thierry Noisette | 29 août 2012 | 1 commentaire

(vidéo) Le ministre en charge de l’Industrie n’a pas les mêmes termes pour parler de l’énergie nucléaire en cet été 2012 qu’à l’automne 2011 quand il était candidat à l’investiture PS pour l’élection présidentielle. Extraits.

« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent », disait feu Edgar Faure, ministre centriste de la IVe puis de la Ve République. Une maxime d’actualité (alors, à propos de vent, que la filière éolienne alerte sur ses difficultés), quand un même homme politique tient deux discours un brin différents à moins d’un an d’intervalle.

Hier candidat à la primaire du Parti socialiste, Arnaud Montebourg parlait de « dépasser le nucléaire » (écran ci-contre) et affirmait que le nucléaire « comme toutes les autres sources d’énergie non reproductibles, ne peut qu’être une solution transitoire », après avoir rappelé Fukushima et une litanie d’accidents nucléaires antérieurs.

Sur son site de campagne d’alors, on peut lire

« Poser la question du nucléaire, c’est aussi briser le tabou d’une énergie bon marché. Coût du risque, de la construction des centrales, de leur démantèlement, de la gestion des déchets doivent être pris en compte. Il faut donc hisser notre société par-dessus l’horizon du nucléaire et envisager la suite car le nucléaire est dépassable. Tout ne se fera pas immédiatement, mais il est du rôle des transformateurs d’initier une politique du temps long. »

On y lit encore:

1. La priorité numéro un est la réduction de la demande en énergie quelle que soit la source de production. Nous défendons une société de la frugalité heureuse, avec la lutte contre la surconsommation et changement climatique comme cap.

2. Les efforts de recherche doivent se réorienter massivement vers les énergies renouvelables, les énergies futures, et l’efficacité énergétique.

3. Il faut à court terme organiser la transition énergétique. A l’horizon de la législature 2012-2017, cela signifie la diminution progressive de la part d’énergie d’origine nucléaire dans le mix énergétique. Il faut donc mettre un   terme au « tout électrique », la conséquence historique du choix du nucléaire.

4. Notre investissement dans le nucléaire doit être réalisé en multipliant les normes de sécurité (en matière sismique, d’inondation ou de pénurie d’eau). Cette sécurité a un prix, nous devons nous y contraindre. L’audit prévu de nos centrales s’effectue réacteur par réacteur, notamment sur les générations de centrales arrivant en fin de vie, de manière totalement transparente et pluraliste;

5. Les projets de recherche sur l’énergie, de type ITER, doivent être sélectionnés selon une analyse transparente de leurs coûts, et de leurs bénéfices possibles dans le temps. En tout état de cause, le nucléaire ne peut être qu’une énergie de transition.

6. Les politiques publiques de l’énergie doivent être comparées. A l’heure ou la filière photovoltaïque a été détruite par la baisse des tarifs de rachat pour cause d’économie budgétaire, les projets nucléaires en cours (EPR) ne peuvent être exemptés d’évaluation.

Dans son ex-programme,  on trouve à la rubrique énergie

« Le contexte énergétique français est marqué par une forte dépendance aux énergies fossiles, qui fait peser la double menace du changement climatique et de la raréfaction des ressources, et une importance unique à l’échelle mondiale de l’énergie nucléaire dont les coûts et les dangers démontrent ses limites en tant que solution « miracle.  (…)

Il s’agit également de repenser les modes de production énergétique en organisant une réduction rationnalisée de la part du nucléaire au vu des coûts complets de la filière (y compris les coûts réels du démantèlement des centrales, du stockage des déchets, de l’approvisionnement en uranium et de sécurité) et en favorisant le développement des énergies renouvelables. »

Depuis devenu ministre de l’Industrie, pardon, du Redressement productif, Arnaud Montebourg fait l’apologie sans nuance d’une énergie nucléaire « filière d’avenir ».

Dimanche 27 août au soir sur BFM TV, le ministre déclare « Pour ma part, je considère que le nucléaire est une filière d’avenir », affirmant: « Nous avons besoin d’énergie et pas trop chère», et « la France a un atout extraordinaire entre ses mains (avec ses centrales nucléaires, NDLR) qui lui a permis de bâtir son industrie ».

« Notre choix d’avoir une énergie pas chère, abordable et en quantité est stratégique », affirmant que plusieurs pays européens revenaient au nucléaire, « même le Royaume uni, droite, gauche confondues » (l’Allemagne, l’Italie, la Suisse font le choix inverse…).

Après les remous suscités tant chez les alliés écologistes EELV que dans plusieurs associations de défense de l’environnement, Arnaud Montebourg est prudemment revenu à la parole présidentielle. Interviewé dans Les Echos, le ministre déclare:

« Je veux rappeler que l’engagement du président de la République et du gouvernement c’est 50% d’énergie renouvelable et 50% de nucléaire* ce qui signifie que le nucléaire restera une source importante d’électricité dont dépendent de très nombreux emplois. Pour préserver et améliorer notre compétitivité, nous devons nous appuyer sur nos atouts. A l’heure où les prix de l’électricité grimpent en Europe et poussent des industriels à quitter notre continent, la France bénéficie d’une électricité abondante et abordable. Cet atout, nous devons le défendre et le préserver, tout en rééquilibrant notre mix énergétique conformément à l’engagement du Président de la République. Cette stratégie est complémentaire avec notre projet de transition énergétique destinée à installer à un haut niveau les énergies renouvelables, tout en réduisant la part du nucléaire. »

* NDLR: en fait, l’engagement de campagne de François Hollande est de réduire de 75 à 50% à l’horizon 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité en France (proposition 41), pas d’assurer la totalité des autres 50% par des énergies renouvelables.

Mais il est vrai que s’il cite approximativement cet engagement, Arnaud Montebourg n’est pas ministre de l’Energie. C’est Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, qui est en charge du secteur, avec des recoupements entre les deux ministères.

Photo: Lysandre 78 via Wikipédia, sous licence Creative Commons CC by-sa

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