Clayton Christensen: pourquoi le moteur de l’innovation des États-Unis capote | SmartPlanet.fr

Clayton Christensen: pourquoi le moteur de l’innovation des États-Unis capote

Par la rédaction | 26 novembre 2012 | 1 commentaire

Pour ce professeur à Harvard spécialiste de l’innovation dans les entreprises, ces dernières se sont bloquées sur la quête d’efficience et d’économies, au détriment des innovations plus fondamentales qui créent de nouvelles richesses et opportunités.

par Joe McKendrick

Clayton Christensen

L’innovation de rupture (celle qui crée de nouveaux marchés, offre de nouvelles façons d’envisager les problèmes et accroît les richesses) fait défaut, et c’est ce qui freine l’économie actuelle. Il n’y a pas suffisamment d’innovation parce que les responsables et dirigeants d’entreprise sont trop axés sur les gains à court terme.

Tel est le point de vue de Clayton Christensen, chantre de l’innovation de rupture et professeur à Harvard, qui, dans un éditorial du New York Times, explique pourquoi le système d’innovation des États-Unis a déraillé.

En gros, l’économie a longtemps été guidée par trois types d’innovation que toutes les industries connaissent: les innovations transformationnelles, qui transforment des produits compliqués et coûteux accessibles à peu de gens en produits plus simples et plus abordables disponibles au plus grand nombre (comme le modèle T de Ford), les innovations de continuité, dans lesquelles des produits vieillissants sont remplacés par de nouveaux modèles (comme la Prius de Toyota), et les innovations d’efficience, qui réduisent le coût de la production et de la distribution des produits et services existants (comme Geico dans les assurances en ligne).

Le problème actuel, selon Clayton Christensen, est qu’au lieu de passer successivement par ces trois phases, les entreprises restent bloquées sur les innovations d’efficience, enchaînant rationalisations, restrictions, réductions et compressions. Si les innovations d’efficience libèrent des capitaux, il n’y a pas suffisamment d’énergie et de ressources dévolues aux innovations transformationnelles, qui génèrent de nouvelles richesses et opportunités sur les segments mal desservis ou non desservis des marchés.

En d’autres termes, poursuit Clayton Christensen, les responsables et dirigeants d’entreprise sont trop focalisés sur la quête d’efficience et d’économies, et passent à côté de formidables opportunités d’accroître leurs richesses en créant de nouveaux marchés.

Ce serait comme si Henry Ford avait passé tout son temps à réduire les coûts et à augmenter les marges sur des automobiles sur mesure destinées aux plus riches et était passé complètement à côté du vaste nouveau marché des conducteurs de la classe ouvrière. Ou, pour prendre une autre analogie, comme si Bill Gates s’était concentré uniquement sur la production de systèmes microinformatiques haut de gamme pour les grandes entreprises au début des années 1980, sans prendre conscience du marché considérable des consommateurs non techniciens.

Les répercussions de cette réflexion cloisonnée se ressentent dans la faible croissance économique. « Les innovations d’efficience poussent souvent les travailleurs dotés de compétences devenues obsolètes à grossir les rangs des chômeurs », souligne Clayton Christensen. « Les innovations transformationnelles, quant à elles, changent souvent la nature des emplois, créant des postes qui ne peuvent pas être pourvus. »

Les responsables des politiques fiscales et monétaires sont en partie responsables, tout comme le système éducatif qui privilégie l’innovation d’efficience à l’innovation transformationnelle, ajoute-t-il.

Clayton Christensen présente trois moyens de remettre l’accent sur l’innovation transformationnelle.

- Changement des systèmes de mesures: « L’optimisation du rendement du capital générera moins de croissance que l’optimisation du rendement de l’éducation. »

- Changement des taux d’imposition sur les gains du capital: plus un investissement est maintenu longtemps, plus le taux sera réduit, afin d’encourager l’investissement à long terme.

- Changement de politique: offrir aux plus riches des stimulations pour qu’ils réalisent des investissements à long terme, plutôt que de les taxer plus durement.

L’idée est de voir plus loin que les profits à court terme pour privilégier les paris à long terme sur de nouvelles innovations. C’est un choix plein de raison, estime Clayton Christensen. « Tant que les innovations transformationnelles créent davantage d’emplois que les innovations d’efficience n’en éliminent, et tant que les capitaux libérés par les innovations d’efficience sont réinvestis dans les innovations transformationnelles, nous sommes à l’abri d’une récession », conclut-il.

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  • 1

    Philippe Zitoun

    26 novembre 2012

    Ah si nos politiciens en France pouvaient lire cette réflexion de
    bon sens !
    Mais comment conclier cette vision issue de reflexions
    d’entrepreneurs avec une préoccupation électorale à court terme
    ? Pour ma part, je reste persuadé qu’un éclair de génie viendra
    traverser l’esprit de nos enarques, scienceux politiciens, Et cela
    pourront alors marquer notre histoire nationale autrement
    qu’après de tristes guerres.

    Au fait les futurs dirigeants de notre fleuron bancaire en matière
    d’innovation (la BPI) devraient lire et relire cette analyse.

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