Écoconception: Apple abandonne une certification verte… et des clients

Par Thierry Noisette | 10 juillet 2012 | 0 commentaire

Le fabricant ne veut plus soumettre ses produits à la certification environnementale EPEAT, que son MacBook Pro Retina n’aurait pu obtenir. Un choix qui lui fera perdre des clients chez les organismes où EPEAT est un critère d’achat.

Refuser un label qui certifie un certain niveau de qualité environnementale du produit, la démarche peut surprendre. C’est ce que vient de faire Apple, qui ne souhaite plus désormais soumettre ses produits aux évaluations de l’EPEAT.

L’EPEAT (Electronic Product Environmental Assessment Tool) est la plus importante labellisation verte en matière de high-tech. Les principaux fabricants ainsi que l’Agence américaine de l’environnement (EPA) participent à cet organisme à but non lucratif.

Apple met d’ailleurs en avant depuis des années les notes vertes obtenues par plusieurs de ses produits, et on peut ainsi lire sur son site (en français):

« La certification EPEAT constitue l’évaluation la plus complète des caractéristiques environnementales d’un produit, de l’efficacité énergétique à l’efficacité des matériaux et la réduction des substances toxiques. L’EPEAT comprend 23 critères obligatoires et 28 critères facultatifs. Les produits reçoivent une certification EPEAT Gold, Silver ou Bronze selon le pourcentage de critères qui sont respectés. Tous les ordinateurs Mac portables et de bureau respectent au moins 75% des critères facultatifs, et ont ainsi reçu la certification EPEAT Gold aux États-Unis, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. »

39 produits de la marque à la pomme avaient obtenu la certification EPEAT, mais un de ses derniers appareils était loin de pouvoir le faire: le MacBook Pro Retina est un enfer pour tout bidouilleur comme pour le recyclage, avec « vis spéciales, batterie collée, baie de disque dur SSD non standard, mémoire RAM non extensible », pointait ZDNet le mois dernier.

Apple a donc fait un choix radical – sans explication officielle à ce jour -, en décidant de ne plus chercher du tout la certification même pour ses autres produits qui peuvent y prétendre. Un effet collatéral de cette décision risque d’être la perte de plusieurs clients; des entreprises, organismes et collectivités exigent, pour leurs achats informatiques, la certification EPEAT.

San Francisco n’achète que des produits certifiés EPEAT

La mairie de San Francisco par exemple n’achète que les produits EPEAT, et le coordinateur de la réduction des substances toxiques de la ville, Chris Geiger, a déclaré au journal californien Mercury News: « Nous croyons fermement que les éco-labels sont essentiels aux achats verts, et Apple vient juste de se retirer de la liste. Nous voulons marquer notre mécontentement, et presser Apple de reconsidérer [cette décision]. »

Le Wall Street Journal indique qu’en 2010, une étude montrait que 222 sur 300 universités américaines demandaient à leurs départements informatiques de privilégier les achats d’ordinateurs certifiés EPEAT. Mais si 10 à 15% des revenus d’Apple viennent encore du secteur de l’éducation, note le quotidien, une part croissante vient des iPad et iPhone, non concernés par EPEAT.

De même le Mercury News rappelle que les normes EPEAT ne couvrent ni smartphones ni tablettes, mais il nuance: les normes sont transposées, et l’iPad aurait pu avoir un souci à terme, du fait de batteries non séparables de produits toxiques. Robert Frisbee, le CEO de l’association EPEAT, explique que cette impossibilité de séparer – alors que chez d’autres fabricants ce point a été résolu – ne permettrait pas la qualification du produit.

Critiqué par des ONG comme Greenpeace pour l’emploi d’énergies fossiles pour alimenter ses data centers et pour les conditions environnementales désastreuses chez plusieurs sous-traitants en Chine, le fabricant des Macintosh a mis en avant son emploi plus important d’énergies renouvelables et de biogaz. Un passage de peinture verte qui, avec l’abandon de l’EPEAT, risque d’être vu comme du greenwashing pour une firme qui place le design avant tout – même l’environnement?

Mise à jour: le 13 juillet, Apple a annoncé revenir sur sa décision.

À lire aussi

Déchets électroniques: des mines d’or urbaines mieux que les vraies mines – 9 juillet 2012

Écoconception: Philips, Electrolux, Bosch-Siemens et des ONG demandent une règlementation plus forte – 25 juin 2012

Cloud computing: Greenpeace appelle à plus d’énergies propres dans les data centers – 20 avril 2012

Solaire: SunPower (Total) fournisseur du data center d’Apple – 8 mars 2012

Apple accusé de se moquer de la pollution chez ses sous-traitants chinois - 5 septembre 2011

Mots-clefs :, , , ,

 

Les commentaires sont fermés pour cet article

Les balises suivantes sont supportées :
<b> <i> <u> <pre>
publicite
publicite