L’indien Tata veut produire une énergie distribuée bon marché

Par Martin LaMonica | 20 avril 2011 | 0 commentaire

Tata Power, division énergétique du géant indien, a de nombreux projets dans les énergies renouvelables et la distribution décentralisée, expose Avinash Patkar, son responsable de la gestion durable.

BOSTON — Dans l’ensemble, le système énergétique mondial est extrêmement centralisé. L’Indien Tata Power cherche à savoir si l’énergie distribuée à plus petite échelle peut fonctionner dans un pays où des centaines de millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité.

J’ai rencontré récemment Avinash Patkar, responsable de la gestion durable chez Tata Power, la division dédiée à l’énergie du groupe indien Tata, géant industriel ayant des activités dans l’acier, les logiciels, l’automobile, les produits chimiques et les télécommunications.

Capacité multipliée par huit d’ici 2020

À l’heure où le service d’électricité devient accessible à un plus grand nombre d’individus en Inde, Tata Power prévoit une croissance rapide de sa capacité, d’environ 3.000 mégawatts aujourd’hui à 25.000 mégawatts d’ici la fin de la décennie.

Dans le cadre d’un plan de durabilité à long terme, Tata Power a l’intention d’accroître son utilisation des énergies propres et renouvelables, notamment l’énergie hydraulique, où il a déjà quelques projets en cours de développement, précise Avinash Patkar.

Avinash Patkar

Avinash Patkar

Dans une moindre mesure, l’entreprise mise également sur d’autres technologies d’énergie propre pour la production d’électricité distribuée, une voie que les services publics américains sont peu susceptibles de suivre.

Elle a ainsi investi dans une entreprise australienne spécialisée dans la géothermie et dans un spécialiste de l’énergie solaire à concentration, et met l’accent sur l’utilisation des cellules solaires en couche mince. Dans bien des cas, il s’agit de trouver un modèle opérationnel qui fonctionne avec la technologie d’énergie distribuée.

Un marché à explorer

Par exemple, dans un de ses projets, Tata Power vise un modèle où une coopérative d’agriculteurs vendrait les résidus agricoles à Tata Power, qui exploiterait une unité de production d’électricité sur site pour ensuite vendre l’électricité à cette communauté.

Pour générer de l’électricité, Tata compte utiliser un système de gazéification de la biomasse de 100 kilowatts, explique Avinash Patkar. Toutefois, d’autres technologies, telles que le solaire ou l’éolien, doivent également être explorées, d’après lui.

« C’est l’idée de la ‘base de la pyramide‘: il y a des millions de personnes (qui sont des clients potentiels), du moment que vous pouvez proposer une solution qui leur soit adaptée », explique-t-il. « Nous n’avons pas encore trouvé un modèle qui fonctionne… (mais) il y a un marché à exploiter et des profits à générer si nous parvenons à trouver un bon système d’énergie distribuée. »

Pendant qu’il était à Boston, Avinash Patkar a visité Sun Catalytix, dans lequel Tata a également investi et dont il espère pouvoir tester le produit d’ici la fin de l’année. Sun Catalytix, entreprise issue du Massachusetts Institute of Technology (MIT), a développé un catalyseur relativement bon marché capable de séparer l’oxygène et l’hydrogène de l’eau, lesquels peuvent ensuite être utilisés pour produire de l’électricité dans une pile à combustible. Son produit de deuxième génération, qui ne sera pas commercialisé avant plusieurs années, cherche à produire de l’électricité directement à partir de l’eau et d’une cellule solaire.

Pile à combustible stationnaires pour village

Aux États-Unis, les piles à combustible stationnaires servent généralement sur des sites à usage commercial, tels que des magasins de détail ou des bâtiments de bureaux, qui veulent une énergie sur site fiable.

Mais en Inde, l’application de cette technologie est très différente. À la place, elle pourrait être utilisée pour fournir de l’électricité à un village ou une tour de téléphonie mobile, car les entreprises de télécommunications doivent s’en remettre à des générateurs diesel coûteux pour pallier les coupures d’alimentation qui surviennent régulièrement.

« Nous pensons que ce système d’énergie distribuée de 25 kilowatts conviendra parfaitement. Vous n’avez même pas besoin d’une pile à combustible. Vous pouvez prendre l’hydrogène et le brûler dans un moteur à combustion interne tel que ceux disponibles aujourd’hui », souligne Avinash Patkar.

Avantage concurrentiel en vue des réglementations du CO2

Par ailleurs, Tata investira plusieurs millions de dollars dans un projet de biocarburants à base d’algues qui réduira les émissions de dioxyde de carbone et fournira la matière première pour le biocarburant et des produits nutritionnels.

Tata Power n’a pas d’impératifs immédiats l’obligeant à réduire ses émissions de carbone, mais l’entreprise investit en vue d’améliorer sa stratégie à long terme, confie Avinash Patkar.

« Avant toute chose, c’est ce qu’il faut faire, mais nous pensons que nous aurons un avantage concurrentiel lorsque les réglementations sur les émissions de CO2 feront leur apparition d’ici deux ou cinq ans », estime-t-il. « Concernant les technologies propres, nous adoptons une approche proactive… Nous pensons qu’à plus long terme, la parité sur le réseau électrique sera obtenue au niveau des coûts. »

L’une des principales considérations pour le déploiement des technologies propres est l’utilisation des sols, explique Avinash Patkar. Dans les projets d’énergie hydraulique, l’entreprise indique que son objectif est de ne pas déloger les individus des terres agricoles.

Deux tiers d’énergie fossile pour l’heure

Si Tata Power a un intérêt économique à miser sur les énergies propres distribuées, son avenir proche concerne principalement des énergies polluantes centralisées. Sur ses 3.000 mégawatts de capacité de production, près de deux tiers viennent du charbon, du gaz ou du pétrole. 450 mégawatts proviennent de l’hydraulique et 200 mégawatts de l’éolien. Dans les 10 à 15 prochaines années, la majorité de l’électricité nouvelle générée viendra de la combustion de combustibles fossiles.

« La nation et Tata Power sont sur la voie de la croissance, et il est difficile dans ces conditions de passer soudain à 100% d’énergies propres. Nous espérons qu’une fois atteint ce palier qu’est la prochaine phase de croissance après 2025, nous aurons vraiment besoin de ces technologies [propres] et que nous pourrons les développer », conclut-il.

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