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Lorsque les entreprises entrent en bourse, l’innovation en pâtit

Par Tuan Nguyen | 19 février 2013 | 0 commentaire

Lorsque leur actionnariat devient public, les entreprises minimisent les risques en optant par exemple pour des améliorations progressives et moins ambitieuses et en se tournant vers le rachat d’autres entreprises et l’assimilation de leurs idées, selon une étude américaine.

Une nouvelle étude surprenante révèle qu’une fois que les entreprises sont cotées en bourse, le taux d’innovation décline.

Or, paradoxalement, une introduction en bourse, qui permet un afflux de fonds d’investissement et le potentiel de susciter un plus grand intérêt, place généralement l’entreprise dans une meilleure posture pour innover. Les raisons pour lesquelles cela ne se produit pas semblent assez complexes et impliquent un changement transitoire dans l’approche globale vis-à-vis de l’innovation, ainsi que dans la culture d’entreprise.

Dans son étude, le professeur de finance Shai Bernstein, de l’École supérieure de commerce de Stanford, s’est intéressé aux dépôts de brevets de 2.000 entreprises technologiques américaines cotées et non cotées entre 1983 et 2006. Il a également analysé les données sur les inventeurs mentionnés sur les brevets.

« J’ai trouvé un lien probant entre l’actionnariat public et l’innovation: l’entrée en bourse entraîne une baisse considérable d’environ 40% dans l’innovation telle qu’elle est mesurée par les citations de brevets », écrit-il dans son rapport. « Parallèlement, je ne constate aucun changement dans l’ampleur de l’innovation, mesurée par le nombre de brevets. Ces résultats laissent entendre que la transition vers des marchés d’actionnariat public conduit les entreprises à repositionner leurs investissements de R&D dans des projets plus conventionnels. »

Après l’introduction en bourse, la nouvelle stratégie d’innovation est repensée vers la minimisation du risque, par exemple en optant pour des améliorations progressives et moins ambitieuses plutôt qu’en incitant à des découvertes potentiellement plus audacieuses. Le professeur a également observé une tendance des entreprises à se tourner vers le rachat d’autres entreprises et l’assimilation de leurs idées. On pense à des géants technologiques tels que Google et Microsoft lorsqu’il s’agit de promouvoir de nouvelles idées via des acquisitions.

Du côté économique, le fait d’être tenus responsables devant un conseil d’investisseurs place les dirigeants de l’entreprise dans une position où l’atteinte des résultats devient prioritaire. En conséquence, les inventeurs s’adaptent ou cherchent ailleurs une place où leur travail peut être plus bénéfique, explique Shai Bernstein dans son rapport (PDF).

Si l’on y réfléchit bien, ce constat n’est pas aussi surprenant ou contraire à l’intuition qu’il n’y paraît. Plus une entreprise grossit, plus elle devient prudente. Or, la vraie innovation, par sa nature même, est risquée.

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