Un débat au salon Produrable, auquel participaient des représentants de Lafarge, Rhodia, la CDC, HSBC et le PNUE, a souligné les enjeux du changement climatique. Rhodia a indiqué que 30% de son CA est réalisé avec des produits « verts ».
Lors du salon Produrable, qui se tient aujourd’hui et demain au Cnit de La Défense, une table ronde a eu lieu ce matin, sous le titre « Energie, climat: rien ne va plus faites vos jeux! ». Gaëtan Cadero, Climate Change Initiatives Manager chez Lafarge, y a précisé en introduction que le groupe cimentier consomme chaque année dans le monde 100.000 tonnes de CO2, « l’équivalent de 15 à 20% de la consommation de la France ».
« Deux trains qui entrent en collision »
Francis Sullivan, directeur adjoint du groupe Corporate Sustainability chez HSBC Holdings, a souligné le défi que représentent « deux trains qui entrent en collision, l’accroissement de la population mondiale à 9 milliards d’humains d’ici 2050, +50% en quelques décennies, et la lutte contre le réchauffement climatique, principalement dû à la consommation d’énergies fossiles ».
Philippe Rosier, président d’Orbeo et de Rhodia Energy Services, a incité la salle à lire l’étude annuelle de McKinsey qui montre que contre le réchauffement, « il faut tout faire, dans le monde entier, en jouant sur tous les leviers ». Si pour lui « aujourd’hui il n’y a pas d’alternative au nucléaire au pied levé; dans les 20 à 30 ans, la technologie de la capture et du stockage du CO2 aura abouti, et ce sera fondamental. Cette technologie est en cours de développement, mais en attendant il n’y a pas de solution miracle. »
Sylvie Lemmet, directrice de la division Technologie, industrie et économie du PNUE, est revenue sur le rapport publié il y a quelques semaines par le Programme des Nations-unies, en insistant sur le fait que « plus tôt on inverse la courbe des émissions de CO2, plus ce sera facile d’arriver aux objectifs de Copenhague », soit de limiter à 2 degrés la montée des températures. « Pour ça, il faut se focaliser sur les technologies existantes », a-t-elle observé à l’attention de Philippe Rosier.
Une croissance verte serait plus forte
Sylvie Lemmet a noté que sont en question non seulement les émissions de gaz à effet de serre (GES), mais aussi la rareté et la pollution de l’eau, et les ressources naturelles telles que les poissons. « Les entreprises elles-mêmes ont pris conscience de ces enjeux, et compris qu’il est possible de conjuguer croissance et environnement, c’est une grande nouveauté de ces dix dernières années. »
Les subventions mondiales aux énergies représentent 1% du PIB mondial, et un changement d’affectation en faveur des énergies renouvelables aurait un fort impact, a-t-elle remarqué. D’autant que « sur le moyen et le long terme, on aurait une croissance plus importante, d’autant qu’on parviendrait à une reconstitution des ressources naturelles, qui sont à la base de toute croissance. » Le scénario « vert » prôné par les Nations-unies serait neutre en termes d’emploi, et positif en croissance supplémentaire du PIB.
« La question de l’acceptabilité des énergies est fondamentale »
Le débat a à plusieurs reprises évoqué la catastrophe de Fukushima. Gaëtan Cadero a noté que « la question de l’acceptabilité des énergies est fondamentale, pour le nucléaire on le voit avec les mouvements écologistes et les demandes de moratoires après les événements du Japon. Et c’est vrai pour toutes les énergies, on le voit dans des villages avec les éoliennes. »
« L’intégration dans le tissu local en termes environnementaux, et, de plus en plus, énergétiques, est importante pour nous », a souligné le représentant de Lafarge, d’autant que « le rayon d’action autour d’une de nos usines de ciment est de 200 à 300 km, selon les pays ».
Francis Sullivan a estimé que « la demande d’énergie va doubler d’ici 2050, principalement tirée par la demande des pays émergents. Le rôle des gouvernements sera essentiel pour empêcher les conséquences négatives de cette situation. »
HSBC a évalué les secteurs qui seront les gagnants de la production d’énergie peu carbonée d’ici 2020.
Le top 7 des secteurs (évaluation par HSBC du marché en 2020)
- Véhicules bas carbone: 473 milliards de dollars
- Nucléaire: 368 Md$
- Vent: 285 Md$
- Efficacité énergétique: 135 Md$
- Solaire: 115 Md$
- Eclairage: 79 Md$
- Isolation: 79 Md$
Objectif Kyoto chez Rhodia, 80% de GES en moins
« Rhodia est un bon exemple de transformation d’une contrainte en opportunité », a jugé Philippe Rosier. Au début des années 90, « nous avons été un des premiers groupes à mesurer nos émissions de GES. Au milieu des années 90, nous avons pris des engagements de réduction de 50% de nos émissions de GES en Europe d’ici 2020, en investissant dans plusieurs usines, sur le protoxyde d’azote, l’efficacité énergétique, etc. »
Puis le groupe a investi en Corée et au Brésil, le but étant de « parvenir sur la période de Kyoto (1990-2020) à 80% de réduction des GES, la moitié de façon volontaire et la moitié par vente de crédits ».
Rhodia réalise maintenant 30% de son chiffre d’affaires mondial dans les produits « verts », par exemple en fabriquant les terres rares qui permettent de faire des pots catalytiques, en réalisant des alternatives aux produits pétroliers, notamment de l’éthanol et de la canne à sucre au Brésil.
Ces 30% de CA viennent en partie du verdissement de produits existants et en partie de nouveaux produits, comme celui à base de silice pour le « pneu vert », à faible consommation d’énergie.
Philippe Rosier a noté que « les clients en Europe étaient déjà prêts à payer plus cher pour ces produits, et maintenant dans des pays comme la Chine et l’Inde, la hausse du pétrole donne au consommateur intérêt à payer plus cher pour le pneu vert ».
Lafarge vise 30% de substitution énergétique
Chez Lafarge, « nous en sommes à -22% de contenu carbone dans notre ciment », et « nous avons une forte ambition d’usage des déchets comme combustible alternatif , et aussi de la biomasse. Nous en sommes à 12% en taux de substitution de l’énergie, et nous comptons monter à 30% dans les quatre ans. »
Jean-Pierre Sicard, directeur général délégué de CDC Climat, a relevé à propos du marché du carbone que contrairement à l’impression que donne le mot de marché, « c’est un instrument de politique économique, qui permet des transferts entre pays, et entre industriels ». Il a noté que la feuille de route publiée dernièrement par la Commission européenne maintient et conforte cet outil, au-delà de 2020.
Philippe Rosier a souligné que « ces mécanismes (du marché du CO2) fonctionnent. L’Europe est la seule région du monde en phase avec les objectifs de Kyoto, et d’autres pays le prennent comme modèle pour le reproduire. » Une note optimiste, pimentée par cet avertissement final de Francis Sullivan: « Nous devons doubler les financements, les montants investis dans les économies décarbonées. »
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