Au Brésil, les données ouvertes pour prévenir la corruption publique

Par la rédaction | 28 septembre 2012 | 0 commentaire

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Le portail de la transparence, site gouvernemental lancé en 2004, suit 3.700 milliards d’euros par an de dépenses publiques et est consulté par plus de deux millions de Brésiliens chaque année.

par Claire Lambrecht

Rio de Janeiro, Copacabana

Le Brésil connaît bien la bureaucratie. Pendant des décennies, la politique du Brésil a été entachée de tractations obscures, et parfois douteuses. Il existe même une maxime pour illustrer cette tradition: « Rouba mas faz », autrement dit, « Vole mais rends ». D’ailleurs, les habitants de São Paulo ont dit de leur ancien maire Paulo Maluf, qui aurait détourné pour 1 milliard de dollars de fonds publics, « Il vole, mais il fait les choses ».

Cette tradition commence toutefois à se perdre. Non content de sévir contre des crimes individuels tels que le détournement de fonds, le gouvernement emploie un mécanisme de transparence des données pour créer ce que les consultants de McKinsey Marcos Cruz et Alexandre Lazarow appellent « une nouvelle culture de la responsabilité« .

Un élément essentiel de cet effort est le portail de la transparence mis en place par le Brésil. Lancé en 2004, ce portail suit aujourd’hui près de 4,8 billions de dollars (3,73 billions ou 3.700 milliards d’euros) de fonds gouvernementaux. Absolument tout, depuis les dépenses sur les cartes de crédit émises par l’État jusqu’aux contrats liés à la Coupe du monde de 2014 et aux Jeux olympiques d’été de 2016, doit être publié sur le site dans les 24 heures.

Malgré une certaine opposition au début, cet effort semble porter ses fruits. Plus de deux millions de Brésiliens consultent le site chaque année. La volonté du site de faire la lumière sur des sujets jusqu’ici tabous tels que les revenus personnels ajoute à son attrait.

En juillet, par exemple, le portail de la transparence a publié les salaires de 700.000 fonctionnaires. D’après ces informations, un médecin exerçant dans la fonction publique au Brésil gagne 1.580 dollars par mois, tandis qu’un membre du Sénat brésilien gagne 11.761 dollars par mois.

Des données comme celles-ci sont très importantes pour le Brésil, a confié l’avocat spécialiste du droit du travail Felipe Cardoso au Rio Times Online. « Tout le monde a le droit de savoir combien gagnent les agents de l’État, car ils sont payés par les impôts », explique-t-il.

Le portail de la transparence du Brésil est-il suffisant pour vaincre la corruption publique? Difficile de se prononcer sur ce point. Comme l’a rappelé Gregory Michiner d’Al Jazeera le 16 août dernier, la démocratie existante au Brésil est fondée sur l’immunité pour la dictature qui l’a précédée. Si l’on ajoute à cela un taux de condamnation de 6% pour les scandales politiques, on comprend que si le Brésil prend certes des mesures prometteuses dans la bonne direction, il lui reste encore bien du chemin à parcourir.

[McKinsey Quarterly]

Photo: Cyro A. Silva via Flickr, sous licence Creative Commons CC by

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