Jean-Yves Gilet (FSI): « L’investissement socialement responsable fait partie de notre identité »

Par Thierry Noisette | 20 septembre 2011 | 0 commentaire

Le Fonds stratégique d’investissement utilise des critères ISR et présente des exemples de bonnes pratiques dans une trentaine d’entreprises où il a investi.

Codétenu par la Caisse des dépôts (51%) et l’Etat (49%), le Fonds stratégique d’investissement (FSI) « n’est pas un fonds comme les autres », a exposé ce matin son directeur général Jean-Yves Gilet, lors d’une conférence de presse. Doté par l’argent public, le fonds « mixe la notion d’intérêt collectif et celle d’investisseur avisé ».

Depuis deux ans et demi, le FSI a réalisé 2,8 milliards d’euros d’investissements directs dans 54 entreprises, représentant plus de 80.000 emplois, et suscité 2,8 milliards (1,3 milliard par le FSI et 1,5 milliard par ses partenaires) en investissements indirects via des fonds du FSI ou cofinancés par le FSI (voir cette liste de ses participations).

Présentant ce mardi la démarche ISR (investissement socialement responsable) du fonds, Jean-Yves Gilet a souligné que « le FSI se veut un catalyseur des bonnes pratiques », notant que « quand on parle environnement et social, le financier et le non-financier se rejoignent à long terme. Nous sommes dans une démarche d’amélioration permanente, pas de notation ISR ou de sanction. » « La démarche ISR fait maintenant partie de notre identité, ce n’est pas un effet de mode mais une démarche profonde. »

Yves Barou, conseiller social du FSI, a exposé son référentiel ISR, mis en place début 2011. Ses dix critères clés sont:

  • L’emploi comme un sujet majeur et non comme la première variable d’ajustement
  • L’utilisation durable des ressources
  • Des impacts environnementaux maîtrisés
  • Le dialogue social comme méthode de progrès social et de résolution des problèmes
  • Des ressources humaines gérées comme la première richesse de l’entreprise
  • L’attention portée aux personnes
  • Le partenariat avec les fournisseurs et les clients
  • Le souci du territoire local
  • Une gouvernance claire et efficace
  • Un management qui anticipe.

Tels que, ces critères peuvent sembler des généralités consensuelles, mais en pratique, expose Bertrand Finet, directeur au FSI, « en appliquant ces principes ISR dans nos due diligences, nos investigations préalables, cela fait sens ». « La dimension ISR fait partie de nos critères au même titre que l’analyse stratégique, financière ou juridique. »

Le FSI ne recourt pas à une notation, mais à une cotation, matérialisée par une représentation graphique avec plusieurs axes: une société peut être faiblement notée pour la R&D mais bien par rapport à l’emploi par exemple.

Pour jouer « la pédagogie de l’exemple » qu’il prône, le FSI publie une brochure, « Bonnes pratiques d’entreprises socialement responsables ».

Ce document d’une soixantaine de pages présente les pratiques et témoignages de 29 entreprises, de la PME à l’entreprise cotée, dans lesquelles le FSI a investi.

Parmi les nombreux cas mis en exergue ce matin, citons par exemple:

Audemat (Worldcast Systems)

Audemat, entreprise de Mérignac (Gironde) au CA de 12,8 millions d’euros, fournit des produits et services pour diffuseurs et opérateurs télécoms. Elle a avancé dans l’éco-conception des produits et la maîtrise des rejets: sa gamme 2011 a un rendement de 75%, alors qu’il y a 5 ans 50% de l’énergie utilisée par ses appareils partait en chaleur.

« Nous avons principalement travaillé autour des composants, notamment en mettant en place un système de refroidissement à eau. Par ailleurs, nous nous attachons à concevoir des produits toujours plus compacts qui cumulent plusieurs fonctions, d’où un gain de matière, expose Bruno Rost, président d’Audemat. Il y a aussi la maîtrise des rejets avec la mise en place d’une usine à basse consommation énergétique ainsi qu’un puits canadien pour un effet géothermique naturel. »

  • Mersen (matériaux) a mis en place une transmission du savoir-faire, commençant cinq ans avant la retraite des salariés, et en cours d’internationalisation.
  • La coopérative agricole Siclaé, « ce sont des gens qui voient loin, qui se posent la question de ce que sera l’alimentation dans 50 ans et qui ont créé un centre de R&D », souligne Yves Barou.
  • CGGVeritas (services et équipements pour compagnies pétrolières et gazières) est citée pour son respect de l’environnement et des populations locales dans des pays étrangers: remise en état des sites, replantation d’espèces végétales dans les zones déboisées, soutien à des associations comme au Brésil Gol de Letra (lutte contre l’illettrisme) et en Inde Muktangan (formation des femmes et enseignement aux enfants dans les bidonvilles).

Se fixer des objectifs précis

« Lorsque le FSI étudie un investissement potentiel, indique Yves Barou, il intègre ces critères dans l’analyse du dossier comme une de ses dimensions clés. Il ne s’agit pas d’une analyse exhaustive et normative mais plutôt d’un repérage des principaux risques ou opportunités que l’entreprise peut avoir en matière d’ISR. » Il est arrivé que le FSI ne s’engage pas dans une entreprise parce que ses critères ISR étaient mauvais, note-t-il.

Les entreprises peuvent signer une charte de progrès avec le FSI, dans laquelle sont assignés des objectifs précis (par exemple tant d’emplois pour des jeunes). 17 l’ont fait pour l’instant. « On demande à l’entreprise de choisir deux ou trois critères pertinents pour elle, et on l’accompagne », explique Yves Barou. « Toutes les équipes d’investisseurs du FSI ont intégré la dimension ISR, précise Bertrand Finet. C’est parfois difficile, nous ne devons pas apparaître comme des ayatollahs de l’ISR mais être pragmatiques. »

Parmi les atouts de la démarche, observe le directeur, qui a auparavant travaillé dans plusieurs fonds de capital-investissement, le dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés: « Dans les fonds classiques, les partenaires sociaux sont un peu diabolisés. Alors que nous avons eu des dialogues fructueux, y compris en amont. »

Sur la Toile

Bonnes pratiques d’entreprises socialement responsables – brochure (68 pages) du FSI

À lire aussi

Cellules souches: Cellectis lève 50 millions et acquiert le leader européen – 16 septembre 2011

Réchauffement: le Crédit Agricole, Danone, Schneider Electric et la CDC créent un fonds de compensation carbone – 7 juillet 2011

« L’impact sur la biodiversité devient un sujet sérieux pour les entreprises » – 22 avril 2011

Capital-investissement: rencontre avec Sophie Paturle, présidente du Club Cleantech de l’Afic – 14 avril 2011

Capital-investissement: le FSI a cofinancé 426 entreprises en 2010 – 21 mars 2011

Mots-clefs :, , ,

 

Les commentaires sont fermés pour cet article

Les balises suivantes sont supportées :
<b> <i> <u> <pre>
publicite
publicite