« La philosophie Cradle to Cradle oblige l’entreprise à se réinventer »

Par Nicolas Lecoq, Cleantech Republic | 28 avril 2011 | 0 commentaire

La bible de la démarche Cradle to Cradle vient de paraître dans sa version française. L’occasion de faire le point sur l’adhésion des entreprises à cette philosophie qui appelle à un recyclage à l’infini des produits. Eric Allodi, fondateur d’Integral Vision, qui a introduit le concept en France en 2007, dresse un état des lieux.

Eric Allodi

Publié en 2002 en anglais et coécrit par le chimiste allemand Michael Braungart et l’architecte américain William Mc Donough, le livre « Cradle to Cradle, créer et recycler à l’infini » est paru en France fin février (éditions Alternatives).

Fondateur d’Integral Vision et représentant du « Cradle to Cradle » (C2C) en France, Eric Allodi aide les entreprises à faire face aux défis du 21ème siècle en matière d’éco-innovation. Il répond à nos questions.

SmartPlanet.fr: Combien d’entreprises en France se conforment-elles aujourd’hui au « Cradle to Cradle »?

Eric Allodi: En France, pour l’instant, elles ne sont pas nombreuses. La plupart d’entre elles sont en cours d’accompagnement ou viennent récemment d’être formées.

Dans l’Hexagone, la méthode C2C est mise en œuvre par des entreprises telles que Desso, qui fabrique de la moquette, Steelcase, et Herman Miller, tous deux spécialisés dans le matériel de bureau, Nespresso, en cours de certification pour le recyclage des capsules de café.

Trois entreprises d’origine française se sont également lancées dans le système Cradle to Cradle: Serrastone (une PME qui fabrique des briques à partir de pierres recyclées), Tarkett (le numéro un mondial des revêtements de sols durs), et bientôt DIM.

La sortie de l’édition française de la « bible » du Cradle to Cradle va-t-elle se traduire par une augmentation sensible de l’adoption de la démarche?

Integral Vision a introduit le concept Cradle to Cradle en France fin 2007. Le concept était alors inconnu. L’accueil a toujours été très enthousiaste par les entreprises, intéressées de savoir qu’elles pouvaient créer une empreinte positive, qu’elles pouvaient ne pas être le problème, mais la solution.

C’est une démarche qui demande du temps et qui repose beaucoup sur les personnes. C’est une philosophie.

L’enthousiasme en France n’est pas aussi franc qu’en Hollande ou dans les pays scandinaves, mais les premiers signes d’intérêt sont encourageants. Le livre avait été traduit dans d’autres langues auparavant. Sa sortie récente, et un peu plus tardive en version française, est néanmoins un succès puisque sa première édition est déjà épuisée.

Le Cradle to Cradle s’applique-t-il à tous les secteurs d’activités?

La démarche Cradle to Cradle est potentiellement applicable à tout. Aujourd’hui, environ 300 produits suivent cette certification, comme en atteste le site C2Ccertified.com. Les secteurs représentés vont du textile au mobilier de bureau, en passant par les sols et même les cosmétiques.

Le coût engendré par le respect de la philosophie C2C est-il important?

Le coût est en général significatif, mais il est également assez variable. Une entreprise peut très bien se contenter d’une certification de 10.000 euros pour fabriquer une chaise de bureau, ou alors peut vouloir être totalement certifiée Cradle to Cradle, comme Desso ou Tarkett.

Cette certification totale peut prendre des années et coûter plusieurs centaines de milliers d’euros, mais il faut savoir que l’on parle de réinventer l’entreprise, de changer de paradigme. On se place dans une posture d’innovation.

Desso a mis de gros moyens il y a deux ou trois ans, mais aujourd’hui elle remporte des parts de marché incroyables face à la concurrence qui se penche désormais sur la question. Le retour positif est donc rapide. Il s’agit de repenser la vision de l’entreprise, sa stratégie. L’entreprise doit comprendre qu’elle n’est pas le problème, mais qu’elle fait partie de la solution.

Comment s’assurer que les clients retournent leurs produits? Y a-t-il une traçabilité?

On ne peut bien évidemment pas s’assurer que les clients retournent leurs produits après utilisation. Il est cependant possible de faciliter le réacheminement. Par exemple, DIM travaille en ce moment sur un partenariat avec La Poste afin de fournir des pochettes préaffranchies pour inciter les clients à renvoyer leurs produits.

Desso propose de récupérer les matériaux usagés. Non seulement cela permet de débarrasser le client, mais cela crée une véritable relation.

Quelle est la différence avec le recyclage traditionnel?

Avec l’approche Cradle to Cradle, on cherche à tendre vers un recyclage des produits à l’infini. Dès le départ dans l’élaboration d’un produit, le choix des matières est pensé pour être recyclé des dizaines, voire des centaines de fois. L’industriel, qui s’intéresse à cette démarche, s’emploie à atteindre une efficacité maximale du recyclage d’un produit en boucle fermée.

On peut dire que les déchets disparaissent totalement de ce circuit. Les ressources ne sont donc plus perdues, soit le recyclage est basique (on transforme un produit en compost), soit il est technique (un produit redevient le même produit, ou en devient un autre).

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