« Le 21ème siècle sera celui de la biomasse » | SmartPlanet.fr

« Le 21ème siècle sera celui de la biomasse »

Par Nicolas Lecoq, Cleantech Republic | 2 mai 2011 | 2 commentaires

Les produits fabriqués au 21ème siècle ne dépendront bientôt plus de l’industrie du pétrole mais de la biomasse. C’est tout du moins la conviction de Michel Delmas, chimiste, cofondateur et directeur scientifique de CIMV.

Michel Delmas, directeur scientifique de CIMV

La technique innovante de bioraffinage de la matière végétale pourrait bientôt révolutionner la fabrication des produits traditionnellement issus de l’industrie du pétrole. Michel Delmas, cofondateur et directeur scientifique de CIMV (Compagnie Industrielle de la Matière Végétale), lui, en est persuadé. Éclairage sur ce bouleversement annoncé par un spécialiste de la chimie.

Smart Planet.fr: Pouvez-vous expliquer en quoi consiste l’activité de CIMV?

Michel Delmas: CIMV a été créée pour développer un concept de raffinerie de matière végétale. Notre méthode consiste à séparer les trois constituants de la matière végétale: la cellulose (qui représente la moitié de la matière végétale), la lignine (un polyphénol proche de produit pétrolier) et l’hémicellulose (un sucre). Vingt années de recherche furent nécessaires pour concrétiser notre procédé.

La matière végétale peut-elle vraiment se substituer aux produits pétroliers?

La ressource végétale est tout simplement bien supérieure au pétrole. L’agriculture laisse 7 à 10 milliards de tonnes de résidus qui ne profitent à personne, alors qu’en comparaison on utilise 4 milliards de tonnes de pétrole. La planète a des ressources considérables.

Le 21ème siècle sera celui de la biomasse, même si, bien entendu, il y aura une transition avec le tout pétrolier. Aujourd’hui, toutes les grandes entreprises font dans le « biosourcing ». La biomasse a un rôle essentiel.

De quel type de biomasse parlez-vous?

Pilote de la bioraffinerie lignocellulosique de CIMV

A la CIMV, nous nous interdisons de toucher à la matière végétale alimentaire. Nous traitons tout ce qui n’est pas utilisé dans l’alimentation, mais qui provient de résidus végétaux. En quelque sorte, nous ne nous servons pas des graines ou des fruits, mais de tout le reste. L’arbre est un support, la ressource est gigantesque.

Quelles sont vos autres exigences?

Nous n’avons pas d’impact carbone. Nous ne polluons pas. Pour 1 tonne de paille qui entre dans l’usine, nous vendons 1 tonne de produits. Nous voulons délivrer un message optimiste. Notre plus gros défi est de raffiner la matière végétale de la meilleure façon.

Nous nous inspirons de l’industrie pétrolière, qui, quand elle fonctionne bien, apporte d’excellents résultats. La biomasse est plus compliquée à raffiner, à nous de la mettre en situation pour qu’elle soit exploitée.

Qu’en est-il de la qualité des produits issus d’un raffinage de matière végétale?

Nous avons une obligation absolue: que la qualité de nos produits soit au moins équivalente aux produits industriels. Si possible, ils sont même meilleurs. A nous de les amener au même niveau de fonctionnalité et d’essayer de les proposer à un coût inférieur. Un produit plus cher ne peut pas se vendre.

Mais peut-on réellement recréer tous types de produits avec votre procédé?

A partir des trois constituants de la biomasse, on peut quasiment tout refaire, ce qui nous ouvre un marché énorme. Par exemple, après vérifications et tests, nos « biolignines » (marque déposée par la CIMV) substituent le phénol dans toutes les applications industrielles.

Nous croyons fortement en notre bioraffinerie: la lignine est notre produit vedette, qui nous fait gagner de l’argent. On se place sur le marché de la cellulose ou du glucose qui sont des commodités équivalentes aux produits pétroliers.

Par exemple, les emballages en polyéthylène des Actimel seront dorénavant fabriqués à base de polyéthylènes végétaux. Jusqu’à présent, ce n’était pas une technologie compétitive, avec nous ça l’est.

Tout cela semble presque trop beau… N’êtes-vous pas confrontés à des obstacles, ou à des concurrents?

La CIMV n’a pas de concurrent pour l’instant. Les Etats-Unis sont actuellement en recherche et développement. Nous commençons tout juste à être médiatisés. Nous avons une reconnaissance scientifique (la CIMV a obtenu un prix Pierre Potier en 2010), nous en sommes fiers. Notre innovation est majeure, nous avons des projets prometteurs.

Les résidus végétaux n’étaient donc pas revalorisés?

Jusqu’alors les résidus étaient très mal et peu revalorisés. Par exemple, pour fabriquer de la pâte à papier à partir de paille, les usines devaient récupérer la cellulose, mais avaient du mal à traiter la silice (composant également présent dans la matière végétale), ce qui avait pour effet de bloquer les chaudières.

En Chine, avec un vieux procédé, 15 millions de tonnes de résidus étaient traités pour 25-30 millions qui se retrouvaient dans les rivières. Le CIMV apporte des solutions innovantes.

Quels sont vos projets en cours et vos perspectives?

Nous sommes impliqués dans le programme européen Biocore.

Nous construisons notre première usine (CIMV Marne), le bouclage financier étant prévu pour la rentrée. Technip finit le chiffrage et le coût des opérations. Nous ne pouvons pas faire d’annonce pour l’instant, mais nous avons beaucoup de partenaires (producteurs de paille, etc.) que nous dévoilerons dans trois ou quatre mois.

Ensuite, nous installerons une deuxième usine aux Etats-Unis. Nous espérons exporter notre savoir-faire en Amérique, en Asie, en Afrique… Pour devenir grands, il faudra nous associer aux grands. Nous n’avons pas la prétention de pouvoir tout faire.

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  • 1

    André

    2 mai 2011

    Pas une nouveauté en elle même mais une première en réalisation! Espérons que cela ira en avant; pas des « mêlées » de l’état comme pour le photovoltaïque….

  • 2

    MOISAN Christian

    4 janvier 2012

    Bonjour,

    Si à première vue la biomasse parait être une source très
    importante , la réalité est que le gisement se trouvera vite épuisé
    , tout au moins en France et très certainement dans certaine
    région.
    Par contre il existe des possibilités importantes non utilisées pour
    la production de biomasse agricole. Par exemple la Bretagne ,
    dont la réglementation impose aux agriculteurs de planter 7% de
    plante pérenne sur les bassins versants liées aux algues vertes.
    Notre société spécialisé dans la création de plantation de
    miscanthus, située en Bretagne et bien introduite dans les
    réseaux agricoles bretons , cherche des partenaires qui aurait
    un intérêt de créer des gisements de biomasse et plus
    particulièrement de miscanthus . Le climat particulièrement
    adapté à cette culture permet des rendements supérieur à 20
    tonnes de MS/ha.

    Si vous souhaitez prendre contact directement avec moi : 06 60
    03 28 21

    Cordialement

    Christian MOISAN

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