L’énergie, « sujet numéro un en Allemagne sur l’agenda politique » | SmartPlanet.fr

L’énergie, « sujet numéro un en Allemagne sur l’agenda politique »

Par Thierry Noisette | 8 février 2013 | 0 commentaire

Le ministre allemand de l’Environnement, Peter Altmaier, a présenté à Paris la politique de son pays au conseil national du débat sur la transition énergétique. Il prévoit 35-40% d’EnR dans l’électricité allemande en 2020, le but étant de 80% en 2050.

Peter Altmaier, ministre allemand de l'Environnement, le 7 février 2013 à Paris

Peter Altmaier, ministre fédéral allemand de l’Environnement, de la Protection de la nature et de la Sûreté nucléaire, a été reçu hier au conseil national du débat sur la transition énergétique.

Il avait auparavant fait une déclaration commune avec son homologue française Delphine Batho, ministre de l’Environnement, sur la coopération dans le domaine des énergies renouvelables et la création d’un Office franco-allemand pour les énergies renouvelables.

Peter Altmaier a fait à cette occasion un discours introductif devant le conseil national, puis répondu à de nombreuses questions d’élus et de représentants d’associations, de collectivités et de professionnels. Et il a été chaudement applaudi à la fin de l’exercice, marqué par l’avance et le volontarisme de l’Allemagne dans ce domaine.

Voici des extraits de ses propos ce 7 février – dans un fort bon français (les passages entre guillemets sont au mot près) relevé d’un poétique « moulin à vent » pour éolienne:

Je me souviens de cette salle [l'auditorium Paris centre Marceau], où nous avons eu une réunion franco-allemande en 2001 sur la Constitution européenne. À l’époque, tout le monde était d’accord pour que l’énergie, le mix énergétique reste une question purement nationale. Aujourd’hui je m’interroge: était-ce ce le bon choix?

« La politique énergétique est devenue le sujet numéro un en Allemagne sur l’agenda politique. »

La transition énergétique [Energiewende en v.o] en Allemagne est une aventure qui a commencé plutôt clandestinement. Pas avec le vote l’été 2011, après Fukushima, par 90% du parlement de la sortie du nucléaire d’ici 2022. Le commencement remonte à la fin des années 1990, et à l’adoption en 2000 de la loi sur les énergies renouvelables, avec des incitations publiques et des tarifs fixes pour 20 ans.

En Allemagne du Nord ont poussé les moulins à vent, au sud les panneaux solaires, et 7.800 usines à biogaz dans tout le pays. Nous sommes maintenant à 23% d’énergie renouvelable dans l’électricité allemande, avec un dynamisme très fort, et tous les indicateurs montrent que nous parviendrons à 35-40% en 2020. Notre but est d’arriver à 80% en 2050.

EnR: une croissance deux fois supérieure à celle des autres secteurs

La croissance économique dans les énergies renouvelables est deux fois plus importante que dans les autres secteurs en Allemagne.

En Chine, une nouvelle centrale à charbon ouvre chaque semaine, 50 par an, 1.000 en 20 ans. Si chaque pays recourt aux énergies fossiles, nous en subirons tous les conséquences sur le climat.

Notre objectif est de garantir une croissance économique stable tout en respectant l’environnement et une meilleure protection du climat.

La transition énergétique, ce sera si l’Allemagne reste une des premières puissances économiques du monde, pas juste à la fermeture des dernières centrales nucléaires ou quand les dernières centrales à charbon auront été remplacées par des éoliennes et des panneaux solaires.

En Allemagne, nous avons installé des panneaux solaires qui produisent l’équivalent de 20 centrales nucléaires.

Reconstruire les réseaux électriques: 30 à 40 milliards en 30 ans

Un défi technique des EnR: elles imposent une reconstruction quasi totale de nos réseaux électriques. Les EnR sont surtout dans des régions rurales, où il y a peu d’industries ; il nous faut un réseau pour relier la production et la consommation. C’est un investissement de 30 à 40 milliards d’euros dans les trente ans à venir.

Avant Pâques, le Parlement devrait voter un projet de loi pour l’extension des réseaux électriques.

Nous avons fermé 11 centrales nucléaires, je pensais que l’Allemagne devrait importer plus, et en fait c’est le contraire qui s’est produit, même avec la France, où il y a beaucoup de chauffage électrique en hiver.

Les budgets sont importants, mais à côté d’un investissement dans les énergies renouvelables, nous dépensons moins dans le pétrole, et ce sont des bénéfices pour des entreprises. Le secteur acier notamment dépend en partie de la production des éoliennes.

La troisième vague de modernisation de l’après-guerre

Nous voyons la troisième vague de modernisation de l’après-guerre, après l’électronique des années 1960-1970, menée par le Japon, puis les ordinateurs et les micro-processeurs dans les années 1980-1990, dirigées par la Silicon Valley. Maintenant, pour la première fois, nous avons la chance d’être les premiers à l’échelle mondiale à reconnaître l’importance des énergies renouvelables.

« Je suis toujours partisan du projet Desertec [solaire thermique au sud de la Méditerranée exporté vers l'Europe], c’est dans notre intérêt politique de stabiliser le développement en Afrique du Nord » et d’avoir une coopération euro-méditerranéenne. Je suggère que l’on réalise un projet pilote entre le Maroc et l’Espagne et la France.

Sur les émissions de gaz à effet de serre (GES): « L’Allemagne a considérablement réduit ses émissions de CO2 depuis 20 ans grâce à la réunification » et à la fermeture d’usines anciennes en Allemagne de l’Est. Nous pouvons tenir nos buts en matière de réduction, grâce à la hausse des EnR qui compense la baisse du nucléaire.

Je suis inquiet de la montée du gaz de schiste aux États-Unis, qui fait grimper l’utilisation du charbon au niveau mondial. Je le regrette énormément: des usines à gaz ne sont plus en mesure d’être rentables alors que le recours au charbon augmente, ce qui est mauvais pour le climat.

Emploi

Les énergies renouvelables ont créé 380.000 emplois en Allemagne. Nous avons actuellement un niveau de chômage historiquement bas.

Les emplois dans les centrales nucléaires fermées ont été redéployés dans d’autres centrales des mêmes entreprises.

La majorité des panneaux photovoltaïques sont importés de Chine. L’Allemagne a perdu 80% de ses emplois dans ce secteur.

Nous avons connu des succès en nous alliant, comme Ariane et Airbus, maintenant EADS. Il faudrait mieux concerter nos efforts, peut-être en créant un consortium ou quelque chose du genre.

Il y a des projets pilotes de Power to Gas en France et en Allemagne, c’est un domaine où ce serait bien d’avoir des coopérations.

Notre but est de réduire de 10% la consommation totale d’électricité d’ici 2020.

« La transformation énergique [joli lapsus pour transition énergétique] ce n’est pas un rêve, mais cela devient une réalité », a conclu Peter Altmaier, très applaudi.

Photo: T. Noisette

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