Saskia Sassen: le rôle d’une ville tient à sa spécialisation et à ses racines

Par Thierry Noisette | 5 janvier 2012 | 0 commentaire

Revue de web: la sociologue, créatrice de la notion de « ville globale », explique que l’avenir des villes n’est pas dans la standardisation, mais dans la connaissance et l’utilisation de leur culture propre.

Saskia Sassen

Une interview réalisée en juillet dernier de la sociologue américaine Saskia Sassen a été publiée récemment (en français) sur un des sites du Grand Lyon. Elle y expose sa vision du rôle des villes.

« Aujourd’hui, je constate que le monde s’articule autour d’une centaine de villes globales, estime-t-elle. Mais ce qui n’a pas été suffisamment relevé dans la mondialisation de ces trente dernières années, c’est le facteur de différenciation entre les villes. Le rôle que telle ou telle ville est amené à jouer tient moins à son classement ou à son « pouvoir » qu’à sa spécialisation, et cela fait une différence. (…)

Une ville tire ses atouts de ses particularités, ce qui lui permet de se différencier à l’heure de la mondialisation. On observe bien sûr une standardisation de l’organisation des espaces de niveau international, comme certains bureaux, hôtels, restaurants ou lieux de shopping. Mais je pense que cela constitue une sorte d’infrastructure.

Une erreur très commune est de confondre cette standardisation de l’ordre visuel des centres d’affaires avec la manière dont ils sont utilisés. Si l’on regarde l’implantation des grandes firmes mondiales, on constate qu’elles veulent être présentes dans des grandes villes, mais qu’elles ne souhaitent pas toutes s’installer à Londres ou New York! »

« Une ville doit connaître son identité et son histoire »

« Pour une firme internationale d’un secteur intermédiaire de l’économie, il sera plus pertinent de s’installer dans une ville comme Chicago, Lyon, Copenhague ou Shenzhen, qu’à New York, Londres, Paris ou Shanghai. Dans l’ordre mondialisé, le rôle économique, culturel, technologique d’une ville, se construit sur sa culture propre et non sur une économie standardisée. »

Saskia Sassen donne ainsi en exemple le choix de Boeing, qui en partant de Seattle a choisi Chicago « dont le savoir économique provient de l’industrie lourde et de la manufacture d’acier ».

Pour la sociologue,

« Je crois donc qu’il faut moins penser en termes de compétition qu’en termes de racines. Une ville doit connaître son identité et son histoire pour en extraire des savoirs économiques qu’elle améliorera pour les adapter à la modernité et les vendre comme services hautement spécialisés. »

Source: « Le rôle que telle ou telle ville est amenée à jouer tient moins à son classement ou à son pouvoir qu’à sa spécialisation » – Millenaire3.com

(photo: Joi / Flickr, sous licence Creative Commons CC by)

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