Le ministre de l’Industrie et de l’Energie, Eric Besson, a annoncé en installant le comité Linky que la décision de remplacer 35 millions de compteurs sera prise cet été. Le coût de 4 milliards d’euros ne sera pas à la charge des usagers, a promis le ministre.
La décision de généraliser les compteurs Linky, ces compteurs électriques communicants (smart meters dans le langage du smart grid, ou réseau intelligent), n’est plus qu’une question de mois: c’est ce qui se comprend après l’installation hier par Eric Besson, ministre chargé de l’Industrie, de l’Énergie et de l’Economie numérque, du comité Linky (voir liste des membres plus bas).
Ce comité, coprésidé par un sénateur et un député, réunit des opérateurs, des fournisseurs d’énergie, des administrations, les industriels, le médiateur de l’énergie et des association de consommateurs, un spectre large donc destiné à aplanir les obstacles sur la voie de la généralisation des compteurs communicants.
Le comité Linky est chargé de » piloter la mise en place des compteurs électriques communicants », a déclaré le ministre, qui a souligné que « la mise en place de ce nouveau compteur communicant est une étape essentielle dans la construction de réseaux électriques intelligents ».
« La directive du 13 juillet 2009 [NDLR: HTML, PDF] sur le marché intérieur de l’électricité prévoit en effet que ‘les Etats membres veillent à la mise en place de systèmes de mesure qui favorisent la participation active des consommateurs au marché de la fourniture d’électricité’. La directive fixe l’objectif que 80% de la population puisse disposer de ces outils de comptage évolués en 2020, sous réserve que leurs avantages soient avérés. »
Eric Besson est revenu à ce propos sur l’expérimentation menée par ERDF, qui a installé 250.000 compteurs à Lyon et en Indre-et-Loire, accompagné d’un « travail de fond mené en 2010 par ERDF sur les spécifications du compteur », qui a permis « d’en améliorer les fonctionnalités en matière d’affichage, de possibilité d’effacement, et de communication des informations de comptage ».
« Un bilan industriel positif »
Le ministre a aussi affirmé que l’opération a « un bilan industriel positif, puisque deux compteurs sur trois sont de fabrication française [par les entreprises Landis & Gyr et Itron, la troisième entreprise ayant fourni un compteur, Iskraemeco, étant slovène] avec, pour les salariés concernés, des perspectives encourageantes en cas de généralisation et des opportunités à l’export. »
Eric Besson a cependant pointé « plusieurs faiblesses du dispositif expérimental » et cinq progrès qui doivent être accomplis pour permettre la généralisation:
- « le renforcement de la pédagogie« : « Il faudra expliquer, et mieux que cela, convaincre l’utilisateur des avantages qu’il peut en retirer. »
- travailler sur la facilité d’accès par l’usager à l’affichage de sa propre consommation, notamment en milieu rural lorsque le compteur se trouve à l’extérieur des habitations.
- la garantie de la confidentialité des données et la protection de l’espace privé, d’où la participation de la Cnil au comité Linky. Les industriels des télécoms et de l’énergie « devront travailler ensemble pour définir un niveau adapté de sécurité et de résistance des systèmes d’information ».
- éviter des offres tarifaires incompréhensibles: « Nous devrons veiller à ce que nos opérateurs, dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle loi NOME, puissent proposer des offres tarifaires à la fois innovantes, lisibles, et avantageuses pour le client. »
- la transparence sur les coûts et l’impact sur la facture d’électricité des français.
Sur ce dernier point, le coût, qui avec la confidentialité des données est sans doute un des deux sujets les plus sensibles, Eric Besson a indiqué que la généralisation des compteurs représente un investissement estimé entre 3 et 4 milliards d’euros par ERDF pour 35 millions de compteurs.
Il a assuré « je voudrais aujourd’hui prendre devant vous un engagement clair: le Gouvernement demande à ERDF, qui a indiqué y être prêt, d’assurer le financement intégral de la fabrication et de l’installation du compteur Linky. La fabrication et l’installation du compteur Linky ne seront pas facturés au consommateur d’électricité. »
Selon l’agence Reuters, interrogée en marge de la conférence, la présidente du directoire d’ERDF, Michèle Bellon, s’est montrée plus réservée sur ce point, indiquant que « les solutions sur le financement de ce compteur sont à l’étude, on a encore quelques mois et quelques semaines de travail à faire avant de conclure » (interviewée fin mars, elle assurait pourtant que « l’intégralité de la facture est à la charge d’ERDF »).
Enfin, a conclu le ministre, le bilan de l’expérimentation d’ERDF devra être présenté par la CRE devant le comité Linky courant juin, « afin que la décision de généralisation puisse être prise par le gouvernement au cours de l’été ».
Etant donné l’importance des enjeux, et le bilan de l’expérimentation étant d’ores et déjà annoncé comme positif, y compris par le ministre, on imagine malaisément que cette décision ne soit pas positive.
Une étape clé vers les smart grids
L’enjeu est de taille: installer 35 millions de compteurs numériques (on notera que le « compteur intelligent », smart meter, devient plus prudemment le compteur « communicant ») dans les foyers français, une opération énorme en soi, qui de plus sera une brique essentielle dans le déploiement des smart grids.
Les partisans de la sobriété énergétique de négaWatt aussi bien que les commissaires européens au Climat et à l’Energie soulignent tous les fortes possibilités d’économie que permettrait un usage plus fin des réseaux électriques.
Le 29 mars, Eric Besson estimait lors d’un colloque que les énergies renouvelables nécessitent le smart grid, déclarant que leur intermittence « peut fragiliser le système électrique si elle n’est pas anticipée et pilotée par un réseau ‘intelligent’ ».
Les membres du comité Linky
Parlementaires : le sénateur Ladislas Poniatowski et le député Jean-Claude Lenoir (UMP tous deux)
Administrations: DGEC (direction générale de l’énergie et du climat), DGCIS (direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services), CGIET (conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technologies), DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), Ademe
Régulateur: CRE (Commission de régulation de l’énergie)
Gestionnaire du réseau de transport: ERDF
Opérateurs, fournisseurs d’électricité: UFE (Union française de l’électricité) et Anode (Association nationale des opérateurs détaillants en électricité)
Equipementiers: Serce (Syndicat des entreprises de génie électrique et climatique), Gimelec (Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés)
SIEIL (Syndicat intercommunal d’énergie d’Indre-et-Loire), Sigerly (Syndicat intercommunal de gestion des énergies de la région lyonnaise).
Autorités concédantes: ANROC (Association nationale des régies de services publics et des organismes constitués par les collectivités locales ou avec leur participation), FNCCR (Fédération nationale des collectivités concédantes et régies)
Associations de consommateurs: CSF, UFC Que Choisir, CLCV, ALLDC
A lire aussi
Smart grid résidentiel: Ijenko lève 3,5 millions d’euros – 4 mai 2011
« Watteco se doit de participer à la standardisation du smart grid » – 30 avril 2011
Compteurs électriques: EDF prêt à déployer Linky en masse – 4 avril 2011
Smart grid: Alstom achète l’américain UISOL – 24 mars 2011
GridPocket, une plate-forme de services mobiles pour maîtriser la consommation d’énergie – 21 mars 2011
Alstom et le smart grid: « Nous passons à plus grande échelle » – 4 mars 2011




Mots-clefs :










Suivez SmartPlanet.fr
Inscrivez-vous
Inscrivez-vous