Enfouissement des déchets nucléaires à Bure: débat pour une poubelle éternelle | SmartPlanet.fr

Enfouissement des déchets nucléaires à Bure: débat pour une poubelle éternelle

Par Thierry Noisette | 5 février 2013 | 1 commentaire

Décharge radioactive high-tech évaluée en 2009 à 36 milliards d’euros, le centre de stockage des déchets de Bure (Meuse) serait « la solution la plus sûre » pour la ministre de l’Écologie Delphine Batho, venue le 4 février sur le site avec des représentants des producteurs de déchets nucléaires. Un débat public doit avoir lieu cette année.

La ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, Delphine Batho, a réuni hier, pour la première fois depuis l’élection de François Hollande, le Comité de haut niveau (CHN), chargé de suivre les actions d’accompagnement et de développement économique autour du futur centre de stockage de déchets radioactifs de Bure (Meuse).

Une galerie du laboratoire souterrain de Bure, à 490 mètres de profondeur

Ce Comité a réuni les élus, les entreprises industrielles, l’Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA) et l’État. Auparavant, la ministre avait effectué une visite du laboratoire souterrain de Bure, à moins 490 mètres sous le sol. Ce laboratoire souterrain, construit depuis 2000, a coûté au total 1,5 milliard d’euros depuis 1991, a indiqué hier lors d’un point presse Marie-Claude Dupuis, directrice générale de l’Andra.

Un « stockage » d’un million d’années

Il sert de lieu d’expérimentation (sur la résistance de la roche, les techniques de construction etc.) et de modèle du futur Cigéo (Centre industriel de stockage géologique des déchets radioactifs), projet d’enfouissement à proximité, qui prendrait environ 100 à 120 ans, des déchets nucléaires les plus dangereux (à moyenne activité et vie longue, et à haute activité, ou MA-VL et HA). Les déchets HA, actuellement à La Hague, ne seraient pas acheminés au Cigéo avant une soixantaine d’années, leur dégagement de chaleur étant encore trop élevé.

A l’issue de cette période de plus d’un siècle de dépôt à plusieurs centaines de mètres de profondeur de 80.000 mètres cubes de déchets nucléaires, les galeries seraient hermétiquement closes, pour une durée de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’années au million d’années (1)  (le terme de « stockage » est à cet égard douteux, pour une durée qui à l’échelle humaine avoisine l’éternité).

Une évaluation du coût multipliée par 2,5 entre 2005 et 2009

En 2005, l’estimation d’un groupe de travail réunissant l’Andra et les producteurs de déchets nucléaires (EDF, Areva et CEA) avait évalué à 14,1 milliards d’euros le coût total du projet d’enfouissement à Bure. En 2009, l’Andra le réévaluait à 35,9 milliards d’euros (2), rappelait en janvier 2012 la Cour des comptes – comme pour le chantier de l’EPR à Flamanville ou le démantèlement d’une partie du centre de La Hague, l’énergie nucléaire a des coûts passablement inflationnistes.

Questionnée lundi sur la nouvelle estimation du projet, Delphine Batho nous a répondu que l’Andra présentera bientôt une réévaluation, « en particulier sur la première tranche du projet ».

Les collectivités locales bénéficient en tout cas dès maintenant de ce gigantesque projet, avec un versement chaque année de 30 millions d’euros de subventions pour chacun des deux départements concernés, la Meuse et la Haute-Marne (respectivement en régions Lorraine et Champagne-Ardenne), par EDF, Areva et le CEA. Ces aides locales participent pour le ministère de l’Écologie et les membres du Comité de haut niveau de « l’accompagnement économique des départements » (les opposants au projet – voir ce site et celui-ci notamment – parlent d’arrosage des élus et des collectivités).

La décision a été prise lors du CHN de maintenir à 30 millions ces versements alors qu’il était question de les réduire à 20 millions, a indiqué la ministre.

Sur le fond, l’énergie atomique qui produit ces déchets, Delphine Batho affirme que « nous avons durablement besoin de nucléaire pour des raisons d’indépendance énergétique et de coût de l’énergie ». Dans une interview au Républicain lorrain, elle avait déclaré un peu plus tôt que « le stockage à Bure est la solution la plus sûre ».

Réversibilité pendant le siècle d’exploitation

Sur cette expression de stockage, que faut-il entendre par « réversibilité » du site, un terme souvent employé? Celle-ci vaudra le temps de son exploitation, pendant le siècle ou plus qu’elle durera – le porte-parole de l’Andra qui nous a emmenés visiter les galeries du laboratoire, à 490 mètres sous le sol, a cependant observé que ce sera moins facile de récupérer les colis déjà déposés vers la fin des 100 ans qu’au début.

Pour la ministre, les principes fondamentaux qu’elle a réaffirmés pendant la réunion du CHN sont « transparence, réversibilité et démocratie ». « Il faut une gouvernance démocratique de Cigéo, avec des échéances régulières de débat et des clauses de revoyure. »

La directrice générale de l’Andra a observé que la réversibilité implique des options techniques, comme des robots fonctionnant dans les deux sens. « A terme, a cependant affirmé Marie-Claude Dupuis, la sûreté d’un stockage souterrain tient à sa fermeture. » « Mais réversible, ce n’est pas tout ou rien, nous aurons des propositions. »

Un débat public doit avoir lieu prochainement dans la région, organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP). Comment s’organisera ce débat alors que commence en parallèle le débat national sur la transition énergétique? Delphine Batho a répondu hier que « on va chercher l’articulation » entre ces deux débats, la CNDP devant annoncer cette semaine le calendrier du débat sur Bure.

Cependant, souligne la ministre, il faut tenir compte de la nécessité de lancer les travaux de Cigéo en 2015. Il y aura un temps pour le débat national puis pour le débat régional, « sachant que les déchets radioactifs existent déjà à 60%, indépendamment des discussions sur la part du nucléaire dans le mix énergétique ». La mise en exploitation de Cigéo commencerait en 2025.

Le Comité, annonce le ministère, « a décidé de se réunir à nouveau à la fin de l’année après le débat public sur Cigeo et se réunira à l’avenir deux fois par an. L’État renforcera les moyens mis à disposition de la préfète coordinatrice par la nomination d’une personnalité qualifiée. »

Photo: T. Noisette

(1) Dans le dossier 2005 (PDF) de l’Andra (pages 23 et suivantes du PDF, numérotées 20 et suivantes), la période envisagée va jusqu’au million d’années.

(2) Rapport de janvier 2012 de la Cour des comptes, « Les coûts de la filière électronucléaire » (PDF), page 138 et suivantes du PDF, numérotées 142 et suivantes).

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  • 1

    Xavier

    28 février 2013

    Un bien beau projet, très cher mais sans doute indispensable… en attendant une solution qui remplace le nucléaire, il faut apprendre à gérer notre histoire nucléaire.

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