Agréger des cartes mères physiques embarquant des puces à faible consommation plutôt que d’agglomérer des machines virtuelles sur un même socle matériel, c’est la voie qu’a choisie la start-up française Hedera Technology pour concevoir des mini-serveurs éco-efficients.
En seulement quelques années, la virtualisation de serveurs informatiques a fait une formidable percée. Au point que cette technologie est devenue une option majeure de l’efficacité énergétique des infrastructures IT. Contre ces vents dominants, la jeune entreprise française Hedera Technology, fondée en mars 2009, tient une posture carrément opposée. A la virtualisation, elle préfère la « physicalisation » (le terme est plus usité en anglais, mais il est assez clair).
Autrement dit, à l’agglomération de machines virtuelles sur un même socle matériel, elle préfère agréger une série de petites cartes mères physiques dans un même châssis. La start-up qualifie ses serveurs de « MicroClusters ».
Après une mission de plusieurs mois en Afrique au Sénégal, la motivation de Jérémie Bourdoncle, président et cofondateur de Hedera Technology, et de son associé, Antoine Castaing, fut de concevoir un système se caractérisant par un faible coût d’acquisition, une basse consommation électrique et une haute disponibilité. Et cela pour répondre aux contraintes économiques et énergétiques africaines.
Aussi a-t-il été décidé d’embarquer dans le MicroCluster des cartes mères standards équipées de processeurs à faible consommation de type Intel Atom, Via Nano, ou ARM.
Jusqu’à 60% moins d’énergie qu’un serveur rack classique
« Ces puces consomment de 8 à 10 watts quand un Xeon, par exemple, consomme en moyenne un peu plus de 70 watts, explique Jérémie Bourdoncle. Elles se montrent particulièrement éco-efficaces pour des applications transactionnelles. » D’après la jeune pousse, à performance égale, un MicroCluster consomme jusqu’à 60% moins d’énergie qu’un serveur rack classique.
Les serveurs du français sont taillés pour exécuter des applications répondant au quartet open source LAMP (Linux, Apache, MySQL et PHP).
Une adhésion au logiciel libre qui vaut aussi pour Kanopya, le logiciel d’administration et d’orchestration des MicroClusters de Hedera. Ce logiciel, sous licence GPL, se charge de la répartition dynamique des applications sur les noyaux Linux de chaque carte mère, ainsi que de l’optimisation du taux d’occupation des processeurs qui composent le serveur. Ce qui participe, là encore, de l’amélioration du rendement énergétique du serveur.
Baptisée Kub10, la première machine de Hedera est disponible depuis l’automne 2010. Comme son nom l’indique, celle-ci accueillera dans son châssis un maximum de dix cartes mères au format mini-ITX (17×17 cm). Les différents nœuds du cluster communiquent en Gigabit Ethernet (débit de 1 gigabit/s), le châssis du cube prévoyant un emplacement pour un switch idoine.
Pas de ventilateur pour refroidir les serveurs Hedera
Atout écolo supplémentaire: le Kub10 a été conçu de telle sorte qu’il ne nécessite pas de ventilateur pour son refroidissement. La dissipation de chaleur est passive. Un espace de 3 à 5 cm est réservé entre deux étages de cartes, tandis que le haut du châssis est aéré.
Côté performance, le Kub10, soumis au benchmark SPECweb, résiste à la charge de 2.000 connexions simultanées dans une configuration à dix cartes mères. Une robustesse acceptable pour la cible visée par Hedera, à savoir des entreprises de taille intermédiaire et des collectivités locales qui choisiraient le Kub10 pour motoriser en interne leurs applications web, leurs logiciels de relation client ou de travail de groupe. Une performance d’autant plus recevable que les tarifs du Kub10 démarrent à 2.000 euros.
Au Kub10 s’ajoute une déclinaison de MicroCluster, nommée Rack 12 (au format 5U), qui peut venir s’enchâsser dans des armoires de serveurs racks, de celles que l’on peut observer en se promenant dans les allées d’un datacenter. Sans ce second modèle, Hedera se coupait du marché des centres d’hébergement d’applications.
« Nous sommes maintenant prêts à accélérer notre phase de prospection clients », confie un Jérémie Bourdoncle optimiste. Avec un argument et pas des moindres: on ne « physicalise pas » seulement des serveurs à basse consommation chez Hedera, mais aussi chez Seamicro, une start-up californienne, et surtout chez le géant Dell avec ses serveurs Viking et Fortuna.





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