La DARPA s’intéresse au suivi des mutations génétiques et à la protection des gènes brevetés

Par Andrew Nusca | 21 avril 2011 | 0 commentaire

L’agence de recherche de la Défense américaine cherche à suivre les changements dans un micro-organisme et à protéger les droits de propriété intellectuelle génomique.

La DARPA, l’agence de recherche du ministère américain de la Défense, a publié le mois dernier une sollicitation pour la recherche d’une méthode et d’une technologie pouvant être utilisées pour effectuer le suivi des changements dans un micro-organisme.

Voici l’avis officiel:

Cette sollicitation concerne expressément des propositions de recherche multidisciplinaire dans le domaine des technologies protéomiques et génomiques capables d’enregistrer de manière continue et constante des événements environnementaux, physiques et génomiques spécifiques provoqués par l’homme ou naturels dans les systèmes génétiques ou épigénétiques des micro-organismes.

C’est peut-être du chinois pour certains, mais Madhumita Venkataramanan tente de clarifier les choses sur le blog Danger Room de Wired:

Il me semble que la DARPA veut créer une technologie d’espion numérique qui est encodée dans les gènes d’un insecte vivant. Apparemment, elle enregistrera et signalera toutes les modifications subies par l’insecte en question, un peu comme l’option Suivi des modifications dans votre document Word.

Dans la sollicitation complète, la DARPA est plus explicite, indiquant qu’elle cherche à surveiller les changements dans les organismes présentant des gènes brevetés par ses soins, ainsi que par d’autres organismes de recherche (nom officiel du programme: « Chronicle of Lineage Indicative of Origins », ou Chronique du lignage révélateur des origines).

Voici quelques extraits de la sollicitation:

  • Le programme « cherche à optimiser la sécurité biologique et la protection de la propriété intellectuelle génomique dans la communauté internationale des ressources biologiques de base ».
  • Il cherche à développer des « systèmes sûrs et protégés pour encoder les événements non héréditaires dans le génome des virus et des procaryotes ».
  • Sa motivation: « permettre la protection et l’authentification de la propriété intellectuelle dans les organismes de grande valeur, garantissant la conformité aux accords lors de la délivrance de licences pour la fabrication à l’étranger et l’exonération des laboratoires, institutions et États dans les incidents liés à une utilisation inadéquate ».
  • Pour y parvenir, le programme pourra « enregistrer les informations, voire signaler les événements environnementaux au cours d’activités de recherche ou commerciales ».

Parmi les événements que la DARPA cherche à enregistrer, citons les conditions de croissance, le métabolisme cellulaire, la division, la manipulation génétique telle que l’introduction d’une résistance aux antibiotiques, la transmission animale ou la croissance à grande échelle.

L’agence suggère que la réponse se trouve dans une « approche mathématique complexe ou cryptographique » (qui ne peut pas être altérée par l’évolution ou la modification) incorporée dans les processus génomiques ou métaboliques d’un microbe.

On ne sait jamais: la prochaine guerre froide pourrait bien se jouer sur le plan génétique. Est-ce un gène russe que je vois traîner dans ma soupe?

Plus sérieusement, la sollicitation est intéressante par la façon dont elle affecte le débat extrêmement litigieux sur les brevets génétiques: qui peut les détenir, qui peut en tirer profit et dans quelle mesure les scientifiques peuvent-ils se prendre pour Dieu, Dame Nature ou les deux, en jouant le rôle de créateur et législateur naturel.

La DARPA semble suggérer qu’il pourrait y avoir un moyen d’enregistrer les changements dans ces organismes, une tâche ardue pour quelque chose qui est fondamentalement conçu pour s’adapter perpétuellement.

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