La ville comme plate-forme informatique pour résoudre les maux de la société

Par Andrew Nusca | 16 décembre 2011 | 0 commentaire

Les technologies numériques peuvent améliorer les villes, à condition d’ouvrir données et services, selon le directeur du Center for Design+Innovation.

Youngjin Yoo

Philadelphie – Si vous voulez innover, envisagez la ville comme une plate-forme informatique. C’est du moins ce que préconise Youngjin Yoo, directeur du Center for Design+Innovation à l’université Temple, qui est monté sur scène à l’occasion de la seconde conférence annuelle TEDxPhilly qui s’est tenue à Philadelphie le 8 novembre dernier. Il a expliqué pourquoi il est tellement enthousiaste à l’idée d’appliquer la puissance de calcul aux villes pour mieux comprendre leur mode de fonctionnement.

« Nous vivons une époque passionnante où nous pouvons utiliser la technologie pour transformer le monde », s’est-il enflammé.

L’enthousiasme de Youngjin Yoo s’explique par trois raisons.

Tout d’abord, pour la première fois, l’informatique n’est plus le principal obstacle de l’innovation humaine. « Aujourd’hui, la technologie fonctionne comme par enchantement », a-t-il estimé, montrant une photo de l’iPhone 4S d’Apple équipé de Siri.

Ensuite, n’importe qui ayant un revenu net de 300 dollars peut « suivre ses propres idées et réaliser ses rêves », affirme Youngjin Yoo. Dans la technologie industrielle, nous avions besoin de machines qui coûtent beaucoup d’argent, séparant la production et la consommation, et créant une société professionnelle ; aujourd’hui, la technologie se met au service du citoyen lambda, inaugurant l’ère de la société post-professionnelle.

Enfin, une nouvelle génération qui passe tout son temps avec des ordinateurs, et qu’on appelle les « natifs de l’ère numérique », arrive sur le marché du travail. Ces personnes apprennent en copiant et en améliorant sans cesse sous couvert « d’amusement », indique Youngjin Yoo.

Par contraste, « bon nombre des personnes présentes dans cette pièce sont des immigrants de l’ère numérique », qui utilisent un langage différent dans la vie et dans le travail et qui éteignent leur ordinateur lorsqu’ils rentrent chez eux. Pourquoi nos enfants passent-ils tellement de temps en ligne, même lorsqu’ils rentrent chez eux après le travail? « Parce que leur vie est ainsi », constate Youngjin Yoo. « C’est leur manière de s’exprimer. »

Des « innovations distribuées, génératives et sans limites »

Ces trois phénomènes se conjuguent pour créer des « innovations distribuées, génératives et sans limites » à travers lesquelles les individus essayent de résoudre les problèmes complexes et insolubles du monde.

Mais pourquoi les villes? Parce que comme la majorité de la population humaine y habite, elles ont une grande importance, souligne Youngjin Yoo.

« Les villes sont les objets humains les plus prometteurs, complexes, incroyables et fascinants », estime-t-il. Lorsque vous regardez au-delà des forêts et des plaines de l’Amérique, vous ne voyez pas des routes, des voitures, des maisons ou des iPhone… vous voyez des villes entières. « Et nous avons du pain sur la planche pour les améliorer », prévient-il.

Tout ce qu’une ville apporte de bon (médias, consommation, transports, culture, finances) s’accompagne également de problèmes de pauvreté, de circulation, de logement et d’éducation, déplore-t-il. « Comment pouvons-nous utiliser cette technologie numérique pour transformer les villes? », a-t-il demandé à l’assistance.

Sa proposition: imaginer les villes comme une plate-forme informatique. Elles y ressemblent déjà beaucoup, avec la technologie numérique présente à chaque coin de rue: mécanismes de commande et capteurs numériques, ordinateurs portables et smartphones, bases de données et voitures, bâtiments et panneaux. Ah oui, et sans oublier les habitants.

« La rapidité des communications entre les ordinateurs aujourd’hui dépasse la rapidité de communication que nous avions à l’intérieur des ordinateurs il y a 20 ans », constate-t-il. C’est pourquoi nous pouvons désormais exploiter les données pour les appliquer à bon escient, ajoute-t-il.

Il existe toutefois un obstacle majeur: dans une ville, la plupart des systèmes sont fermés, déconnectés et propriétaires, et ni génératifs ni participatifs, comme l’exige la proposition de Youngjin Yoo. Alors comment faire pour convertir une ville en une plate-forme informatique, au lieu de se contenter d’élaborer des applications?

Envisager « l’architecture urbaine des informations »

« Nous devons créer des données et des services et les ouvrir au public pour qu’il puisse créer à son tour », conseille-t-il. « Lorsque vous envisagez les villes, vous ne devez plus penser uniquement à l’urbanisme ou aux aménagements paysagers, mais aussi à l’architecture urbaine des informations », et à qui en revient la responsabilité.

La ville est et doit être un « plan parfaitement incomplet », qui invite ses habitants à résoudre ses problèmes, considère-t-il. « Les règles de conception [générative] permettent aux individus d’ouvrir des espaces auxquels ils n’auraient jamais pensé au départ. »

Pour encourager cette attitude, nous devons communiquer sur ces problèmes et aider les citoyens à se connecter aux bonnes ressources pour qu’ils puissent résoudre les problèmes d’une ville, « puis créer de nouveaux produits qu’ils peuvent ensuite vendre au monde », explique Youngjin Yoo.

Dans la ville numérique, professionnels et non-professionnels collaboreront, administration et citoyens coopéreront, prédit Youngjin Yoo.

« Chaque génération est confrontée à son propre défi générationnel », conclut-il. « C’est une réponse à leur menace intergénérationnelle. La présente génération doit relever le défi de la ville. »

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