Lancement des premiers satellites du GPS Galileo par Soyouz depuis la Guyane

Par Thierry Noisette | 24 octobre 2011 | 0 commentaire

Les premiers éléments de Galileo, dont la mise en service est prévue pour 2014, ont été lancés par une fusée, la première Soyouz tirée hors de l’ex-URSS.

Double première et succès pour le spatial européen et russe vendredi 21 octobre en Guyane française: les deux premiers satellites du futur GPS européen Galileo ont été mis en orbite par une fusée russe Soyouz.

Partie du pas de tir de  Sinnamary, près de Kourou, la fusée était la première Soyouz lancée hors de l’ancienne URSS. D’habitude, les Soyouz partent des bases de Plessetsk en Russie ou de Baïkonour au Kazakhstan.

Après un trajet de 3 h 49, à 23.222 km d’altitude la fusée a largué les satellites Galileo IOV-1 PFM ET FM2, lancés pour le compte de l’Agence spatiale européenne (ESA). Les deux appareils, d’une masse de 700 kg chacun, ont déployé leurs panneaux solaires et sont maintenant opérationnels.

Jean-Jacques Dordain, directeur général de l’ESA, a salué l’événement comme historique:

« Ce lancement est lourd de sens pour l’Europe: nous avons mis sur orbite les deux premiers satellites du système Galileo, qui permettra à notre continent de tenir un rôle au niveau mondial dans le domaine stratégique, riche en perspectives économiques, de la navigation par satellite.

De plus, ce premier lancement historique de Galileo, système véritablement européen, a été réalisé par la légendaire fusée russe qui a envoyé dans l’espace Spoutnik et Youri Gagarine et qui va désormais également décoller du Port spatial de l’Europe. »

Pour lancer les Soyouz, un nouveau site a été créé sur mesure en Guyane. Il est exploité par Arianespace et a pour vocation « de renforcer la flexibilité et la compétitivité de la famille des lanceurs européens ». Outre Soyouz, lanceur de taille moyenne, l’ESA emploie aussi Ariane 5 pour les grandes charges utiles, et le nouveau lanceur Vega, qui emportera les petits satellites. Le vol inaugural de ce dernier est prévu en 2012.

Performances presque doublées pour Soyouz

Depuis la Guyane, proche de l’équateur, Soyouz a des performances accrues. Le lanceur peut mettre jusqu’à 3 tonnes sur l’orbite de transfert géostationnaire qu’exigent beaucoup de satellites commerciaux de télécommunications, alors que Baïkonour n’autorise qu’une charge utile de 1,7 tonne.

Les deux satellites lancés vendredi doivent servir à tester le système Galileo. Ils sont sous le contrôle d’une équipe mixte de l’ESA et de l’Agence spatiale française, le CNES, à Toulouse. Après cette phase initiale, ils seront confiés à SpaceOpal, une coentreprise fondée par le Centre aérospatial allemand DLR et la société italienne Telespazio. Elle les soumettra à une période d’essais de 90 jours.

Le lancement des deux prochains satellites du quatuor IOV (IOV: validation en orbite) de Galileo est prévu pour l’été 2012.

Galileo donnera à l’Europe son propre système mondial de positionnement par satellite, sous contrôle civil, et lui permettra de ne plus être exclusivement dépendante des systèmes américain et russe, d’origine militaire.

La mise en service de Galileo est prévue pour 2014, lorsque 18 satellites auront été mis en orbite. « Pour obtenir un signal de haute qualité et profiter de toute la valeur ajoutée de Galileo, la constellation passera à 30 satellites dès 2016″, indique le ministère de la Recherche.

Galileo rapportera 90 milliards d’euros en 12 ans à l’Europe

Présent au lancement, le ministre de la Recherche, Laurent Wauquiez, a rappelé que « pour des raisons techniques et politiques, le système GPS dont dépend encore l’Europe impose des restrictions notamment sur la précision du positionnement ».

En octobre 2010, la Commission européenne estimait qu’en « environ 12 ans, Galileo devrait rapporter 90 milliards d’euros à l’économie européenne sous forme de revenus supplémentaires pour l’industrie et d’avantages publics, sans compter les gains en termes d’indépendance ».

La Commission notait que « les États-Unis (GPS) ne sont pas le seul pays à avoir créé son propre système mondial de navigation par satellite; la Russie, le Japon, l’Inde et la Chine élaborent également leurs systèmes mondiaux et régionaux. »

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