Chargée d’étudier quatre scénarios d’évolution de la production d’électricité, la commission trouve tous les avantages à la prolongation du parc nucléaire actuel.
La commission mise en place par le ministre de l’Industrie et de l’Énergie Eric Besson lui a remis officiellement ce lundi matin son rapport Energies 2050.
Elle était chargée à sa création en octobre dernier d’examiner quatre scénarios d’évolution de l’électricité:
- la prolongation du parc nucléaire actuel,
- l’accélération du passage à la troisième génération nucléaire (l’EPR), voire à la quatrième génération,
- la réduction progressive du nucléaire,
- la sortie complète du nucléaire.
La part du nucléaire dans l’électricité en France étant depuis des mois devenue un sujet politique majeur, le rapport s’annonçait sensible – il arrive par ailleurs après un autre rapport, de la Cour des comptes, qui ne cache pas que l’avenir du nucléaire ne manque pas de flou.
La Cour laissait clairement entendre qu’à moins d’y consacrer un énorme budget peu probable en ces temps de crise, l’extension de la durée de vie des centrales nucléaires au-delà de 40 ans sera un choix par défaut inévitable.
Chance pour le gouvernement, qui du président au ministre de l’Industrie a toujours affiché sa confiance dans l’énergie nucléaire même après Fukushima, la commission Energies 2050 rend un rapport de 535 pages qui abonde dans son sens:
la sortie du nucléaire serait ruineuse en emplois perdus et en coûts, sans parler de l’envolée des émissions de gaz à effet de serre et de l’indépendance énergétique réduite, et la réduction du nucléaire dans le mix énergétique aurait des résultats similaires quoique moins prononcés.
Des quatre scénarios, le plus avantageux, en coût de l’électricité comme pour tous les autres critères, serait la prolongation du parc nucléaire actuel.
« La solution de moindre regret »
La commission, dirigée par l’économiste Jacques Percebois, président, et l’ancien directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) Claude Mandil, émet huit recommandations, comme « faire de la sobriété et de l’efficacité énergétique une grande cause nationale », « proposer à nos principaux partenaires européens un réexamen en profondeur des règles du marché intérieur de l’énergie », etc.
Plus spécifiquement sur l’énergie atomique, les auteurs recommandent de « s’interdire toute fermeture administrative d’une centrale nucléaire qui n’aurait pas été décidée par l’exploitant à la suite des injonctions de l’autorité de sûreté », proposition renouvelée et renforcée par la huitième:
« Ne pas se fixer aujourd’hui d’objectif de part du nucléaire à quelque horizon que ce soit, mais s’abstenir de compromettre l’avenir et pour cela maintenir une perspective de long terme pour cette industrie en poursuivant le développement de la génération 4. La prolongation de la durée de vie du parc actuel nous paraît donc la solution de moindre regret (sous la condition absolue que cela soit autorisé par l’ASN). »
Dans la présentation faite ce matin en conférence de presse au ministère de l’Economie, les deux responsables du rapport et le ministre ont souligné l’importance capitale qu’ils donnent au critère du réchauffement climatique et de la réduction des émissions de CO2.
En 2030, les énergies fossiles représenteront encore 75% de l’offre mondiale, principalement avec les pays émergents, la Chine et l’Inde au premier plan, a exposé Jacques Percebois, alors que l’Europe sera stable.
Les défis du mix énergétique français, selon lui, sont:
- renforcer l’efficacité énergétique,
- l’exigence de la sûreté nucléaire,
- tenir compte des évolutions technologiques,
- construire de nouvelles lignes électriques, notamment transfrontalières,
- développer le tissu industriel français,
- tenir compte de l’opinion publique.
Le président de la commission a déclaré qu’elle a étudié l’ensemble des scénarios proposés, tant d’associations (Négawatt, Global Chance, Négatep) que d’acteurs du secteur de l’énergie. Et il a incité à « ne prendre les chiffres qu’avec précaution, en tenant compte des hypothèses et des méthodes ».
Refus d’avoir « un avis autonome » sur la sûreté
Les rapporteurs et le ministre ont insisté sur la nécessaire sécurité nucléaire.
Anne Lauvergeon, présidente d’Areva jusqu’en juin 2011, a affirmé la semaine dernière au Monde avoir subi lorsqu’elle dirigeait l’entreprise des pressions contraires: « On ne m’a pas pardonné non plus mon refus de vendre à certains pays un nucléaire ‘bas coût-basse sûreté’ dont on n’aurait pas voulu en France. On ne plaisante pas avec la sûreté nucléaire. On m’expliquait pourtant, y compris chez EDF, que le réacteur EPR (troisième génération) était trop sûr, avec trop de béton et trop d’acier. »
Les auteurs du rapport indiquent avoir eu pour parti pris sur la question de la sûreté d’avoir « refusé d’avoir un avis autonome sur le sujet », et considérer « comme sûre une installation nucléaire dont l’Autorité de sûreté a déclaré le niveau de sûreté acceptable ».
Réduire « notre dépendance au pétrole »
Après la présentation du rapport, Eric Besson a remercié ses auteurs et une commission « pluraliste », et affirmé que « la transition énergétique, c’est la réduction de notre dépendance au pétrole, et non de notre dépendance au nucléaire ». Il a souligné que « notre première dépense ce sont les hydrocarbures, le pétrole et le gaz », et redit que « les énergies renouvelables sont complémentaires du nucléaire, elles ne doivent pas être opposées ».
Le ministre de l’Energie a conclu (il l’avait déjà annoncé hier) que « nous devons préparer la prolongation des centrales nucléaires et poursuivre la construction d’un deuxième EPR à Penly après celui de Flamanville ».
Questionné sur les doutes quant à la durée de vie, Eric Besson a déclaré « Il n’y a pas de durée de vie théorique d’une centrale, il y a une durée de vie financière, d’amortissement ». Il a noté que le nucléaire français a été adapté initialement de technologies américaines, et qu’aux Etats-Unis, où les plus anciennes centrales ont 42 ans, la décision a déjà été prise de les prolonger jusqu’à 60 ans.
Il a également estimé: « Il y a une forme d’hypocrisie » dans le débat présidentiel actuel en France sur les énergies, jugeant qu’au contraire « les Allemands assument le fait que pendant leur transition il y aura une augmentation des émissions de gaz à effet de serre, du prix de l’électricité et de la dépendance aux énergies fossiles, et qu’en 15 à 20 ans il y aura un meilleur équilibre. C’est un pari, mais ils disent la vérité. »
Un élément pour la prochaine programmation pluriannuelle
Pour le ministre commanditaire du rapport, il fournit « des analyses éclairantes » au gouvernement et aux citoyens. Elles serviront au prochain gouvernement, qui « devra présenter devant le Parlement en 2013 une programmation pluriannuelle des investissements (électricité, gaz et chaleur) ».
Le rapport Energies 2050 a suscité des critiques des opposants au nucléaire, avant même sa parution par Global Chance (qui a attaqué le rapport préliminaire), et après, notamment par la députée européenne Michèle Rivasi, porte-parole de la candidate écologiste Eva Joly et fondatrice de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), qui conteste « la médiocrité de la méthodologie » du rapport.
Sur la Toile
Le rapport Energies 2050 et ses annexes – ministère de l’Economie
Sûreté et pérennité de la filière nucléaire – Discours de Nicolas Sarkozy à la centrale de Fessenheim, 9 février 2012
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