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Garder pendant des années des répertoires d’emplacements des véhicules, localisant et archivant les plaques d’immatriculation, est un outil de police. C’est aussi un sujet de controverse quant aux abus qu’il permet.
par Laura Shin
Les données peuvent aider notre société à être plus productive et efficiente.
Elles peuvent aussi constituer une atteinte à la vie privée.
Une analyse du Wall Street Journal estime qu’un Américain lambda qui mène ses activités quotidiennes finit par avoir des données collectées à son sujet par environ 20 moyens différents (localisation de son téléphone mobile, recherches sur le web et achats en ligne); plus de la moitié des outils utilisés dans cette surveillance n’existait pas il y a 15 ans.
Prenons par exemple l’essor du suivi des plaques minéralogiques. Une étude de 2010 a révélé qu’il s’agissait d’une méthode couramment employée dans 37% des grands services de police américains, d’après le Wall Street Journal. Dans le seul comté de Riverside, six millions de plaques minéralogiques ont été analysées au cours des deux dernières années.
Deux millions d’entre elles étaient des plaques uniques, et chaque plaque a été analysée en moyenne trois fois durant cette période. En revanche, 1% des plaques ont été suivies à des centaines, voire, dans certains cas, des milliers, de reprises.
Ces informations sont sans nul doute utiles. Mais comme vous pouvez le deviner, elles sont également sujettes à controverse.
À quoi servent ces données
« Les forces de l’ordre disent qu’elles utilisent cette technologie pour retrouver les voitures volées, percevoir les PV impayés et identifier les véhicules de présumés criminels », explique le Wall Street Journal.
Des sociétés privées spécialisées dans la reprise de possession (saisie) utilisent également des bases de données privées répertoriant les plaques d’immatriculation, collectées par des entreprises telles que Digital Recognition Network Inc., établie à Fort Worth, au Texas, et MVTrac, établie à Palatine, dans l’Illinois.
Par exemple, Final Notice & Recovery utilise la base de données pour retrouver les voitures recherchées pour saisie. L’entreprise possède dix voitures équipées de systèmes de reconnaissance de plaques; elles parcourent entre 500 et 650 km par jour, analysant les plaques dans la région de Baltimore et de Washington, D.C. Lorsqu’ils repèrent la plaque d’une voiture recherchée pour saisie, ils appellent une remorqueuse. Aujourd’hui, ils en saisissent 15 par nuit, contre six par nuit lorsqu’ils n’avaient pas cette technologie.
Final Notice conserve également un historique des emplacements des véhicules dans la région. Il « permet à la police d’avoir un libre accès aux informations de localisation des véhicules dans les affaires de voiture volée ou de personne disparue, entre autres », indique le Wall Street Journal.
Digital Recognition Network combine également les données avec d’autres informations précieuses. Il se targue sur son site web de pouvoir relier les données sur les trajets des véhicules aux revenus du ménage et à d’autres informations utiles « pour que les entreprises puissent ‘identifier les consommateurs plus efficacement’ », ajoute le Wall Street Journal.
Préoccupations quant au respect de la vie privée
L’inconvénient de toutes ces connaissances est son empiétement sur la vie privée. Un rapport de l’Association internationale des chefs de police (International Association of Chiefs of Police) remarque que cette technologie pourrait enregistrer « les véhicules stationnés devant des structures d’aide aux personnes dépendantes, des cabinets de médecins, des centres de consultation médicale, ou même des lieux d’organisation de protestations politiques ».
Les exemples de détournement de ces informations à des fins inappropriées ne manquent pas, comme dans le cas de ce lieutenant de police de Washington, D.C. qui, en 1998, s’est rendu coupable de tentative d’extorsion auprès des propriétaires de voitures stationnées à proximité d’un bar gay.
Joe Simitian, sénateur de l’État de Californie, a tenté de faire adopter une loi pour limiter l’enregistrement des données par des prestataires privés aux 60 derniers jours et pour obliger les policiers à obtenir un mandat pour accéder aux données. « Est-il normal qu’un policier qui vous trouve à son goût ait accès à vos déplacements quotidiens sur les dix dernières années sans que vous le sachiez ou que vous soyez d’accord ? », interroge le sénateur. « Je pense que la réponse à cette question doit être ‘non’. »
Sa proposition de loi a toutefois été rejetée après que des sociétés privées et des organismes d’application de la loi se sont opposés au projet sous prétexte qu’il ferait baisser les revenus issus des PV de stationnement impayés et qu’il ferait peser une « charge écrasante » sur les services de police.
Aujourd’hui, il semble que nous devions tous nous préparer à ce qu’encore plus de données soient enregistrées à notre sujet: le prix d’un gigaoctet de stockage a chuté de 91% au cours des sept dernières années, passant de 18,95 dollars à 1,68 dollar aujourd’hui. Dans quelques années, il ne devrait plus coûter que quelques centimes.
Photo: The Eyes of New York via Flickr, sous licence Creative Commons CC by-sa
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