Jusqu’à 77% de l’approvisionnement énergétique mondial pourraient être assurés par les énergies renouvelables d’ici 2050, si des politiques publiques adaptées sont mises en place, selon un rapport du GIEC, les experts du changement climatique.
Lutter contre le réchauffement climatique et contre l’épuisement des ressources est techniquement possible, mais requiert des politiques publiques déterminées en ce sens: c’est ce que concluent les 120 experts qui ont élaboré pour le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat), un rapport publié hier, « Rapport spécial sur les sources d’énergie renouvelable et l’atténuation des effets des changements climatiques ».
Une augmentation des énergies renouvelables pourrait aboutir à une réduction des gaz à effet de serre (GES) allant jusqu’à un tiers de leurs émissions, et permettrait d’approcher l’objectif des accords de Cancun, qui prévoient un maintien du réchauffement climatique sous les 2°C de hausse au cours du XXIe siècle.
Dans le plus optimiste des scénarios étudiés, 77% des besoins énergétiques mondiaux (contre 13% en 2008) pourraient être couverts par les énergies renouvelables à l’horizon 2050.
Le GIEC note que
« dans certains cas, les technologies des énergies renouvelables sont d’ors et déjà compétitives d’un point de vue économique, mais les coûts de production sont encore souvent supérieurs aux prix du marché. Toutefois, si l’on monétisait les conséquences sur l’environnement des émissions de polluants et de gaz à effet de serre par exemple, et si l’on intégrait les coûts engendrés dans le prix de l’énergie, le nombre d’énergies renouvelables économiquement rentables pourrait augmenter.
Pour la plupart d’entre elles, les coûts ont baissé au cours des dernières décennies et les auteurs anticipent des progrès techniques importants et de nouvelles réductions de coûts, augmentant ainsi les capacités d’atténuation des effets des changements climatiques. »
Le document présenté hier à Abou Dhabi, où s’est tenue une conférence du GIEC, est une première version courte (26 pages) d’une évaluation de 900 pages.
Parmi les conclusions du rapport:
- Sur les quelque 300 gigawatts (GW) supplémentaires produits par les nouvelles capacités de production électrique dans le monde entre 2008 et 2009, 140 GW sont issus des énergies renouvelables.
- En dépit des difficultés financières mondiales, la part des énergies renouvelables a augmenté en 2009: énergie éolienne – plus de 30%. Energie hydroélectrique 3%. Energie photovoltaïque raccordée au réseau – plus de 50%. Energie géothermique 4%. Chauffage solaire de l’eau – plus de 20%. Par ailleurs, la production d’éthanol et de biodiesel a augmenté de 10 et 9% respectivement.
- Plus de 50% des capacités mondiales existantes de production d’électricité issue des énergies renouvelables sont implantées dans les pays en développement.
- La plupart des scénarios analysés estiment qu’en 2050 la contribution des énergies renouvelables à une offre énergétique sobre en carbone sera supérieure à celle de l’énergie nucléaire ou des combustibles fossiles qui font appel au piégeage et au stockage du carbone.
- Le potentiel technique des technologies des énergies renouvelables est très largement supérieur à la demande énergétique mondiale actuelle.
- Moins de 2,5% du potentiel technique des énergies renouvelables sont actuellement utilisés dans le monde. En d’autres termes, plus de 97% demeurent inexploités, ce qui signifie clairement que la question de la disponibilité des ressources en énergies renouvelable ne se pose même pas.
- L’accélération du déploiement des énergies renouvelables entraînera de nouvelles difficultés technologiques et institutionnelles, en particulier en termes d’intégration dans les systèmes énergétiques existants et les secteurs d’utilisation finale.
Des investissements élevés, mais inférieurs à 1% du PIB mondial
Selon les quatre scénarios précités, les investissements décennaux dans le secteur de l’électricité issue des énergies renouvelables à l’échelle mondiale oscillent entre 1.360 et 5.100 milliards de dollars (951 milliards et 3.565 milliards d’euros) d’ici à 2020 et 1.490 et 7.180 milliards de dollars (1.041 milliards et 5.016 milliards d’euros) pour la décennie 2021-2030.
Même dans les estimations hautes, « ce coût reste dans tous les cas inférieur à 1% du PIB mondial, cela montre que les énergies renouvelables sont abordables », souligne Rajendra Pachauri, le président du GIEC.
Pour les valeurs les plus faibles, les investissements annuels moyens sont inférieurs aux investissements dans les énergies renouvelables enregistrés pour 2009.
Des politiques publiques bien ciblées associées à des investissements de recherche et développement permettraient de réduire le prix des combustibles et les coûts de financement, et donc abaisseraient les coûts additionnels liés aux technologies des énergies renouvelables, estime le rapport.
Les experts du GIEC soulignent qu’un accroissement important des énergies renouvelables est « un véritable défi tant technique que politique ». Après des rapports dans le même sens entre autres des Nations-unies et de la Commission européenne, les gouvernements vont-ils relever ce défi?
Sur la Toile
Special Report on Renewable Energy Sources and Climate Change Mitigation – GIEC (IPCC, en anglais)
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