S’appuyant sur des bases de données suivant l’évolution des athlètes, l’élaboration de modèles statistiques pourrait déterminer la probabilité que des sportifs aient des résultats suspects.
par Janet Fang
À partir de quand une performance devient-elle suspecte?
Quand la nageuse chinoise âgée de 16 ans Ye Shiwen a explosé le record du monde du 400 mètres quatre nages féminin, certains se sont demandé si elle avait eu recours au dopage… même si elle n’a jamais été testée positive à une substance interdite et que le Comité international olympique a fait savoir que ses tests après la course étaient normaux.
Alors pourquoi les grands exploits olympiques éveillent-ils des soupçons? Ewen Callaway de Nature explique comment l’historique des performances d’un athlète et les limites de la physiologie humaine pourraient être utilisées pour confondre les sportifs dopés.
Tout d’abord, un test antidopage négatif pendant la compétition n’élimine pas la possibilité qu’il y ait eu dopage. Les athlètes sont beaucoup plus enclins à se doper pendant l’entraînement, lorsque les tests sont moins rigoureux. Les tests réalisés hors compétition sont plus efficaces pour déceler les sportifs dopés, mais il n’est pas faisable de tester régulièrement tous les athlètes d’élite à longueur d’année.
En revanche, le suivi d’un athlète sur la durée et le repérage de performances anormales pourraient aider les organismes antidopage à mieux utiliser leurs ressources.
Les profils de performances pourraient être un moyen efficace et bon marché de réduire un large groupe d’athlètes aux seuls sportifs suspects, avance Yorck Olaf Schumacher à l’université de médecine de Fribourg, en Allemagne, qui a proposé l’idée en 2009. « Car après tout, le résultat du dopage est une amélioration des performances. »
- Pour ce faire, les scientifiques spécialisés dans le sport doivent créer des bases de données qui enregistrent comment les athlètes s’améliorent avec l’âge et l’expérience (pour chaque sport et chaque événement).
- Ces types d’enregistrements longitudinaux des performances alimentent ensuite des modèles statistiques pour déterminer la probabilité que ces sportifs courent ou nagent trop vite, au vu de leurs résultats passés et des limites de la physiologie humaine.
Dans un projet pilote mené sur le biathlon olympique (un sport d’hiver combinant ski de fond et tir à la carabine), les scientifiques ont développé un programme logiciel qui a analysé rétroactivement les échantillons sanguins et les données des performances de 180 biathlètes sur six ans pour identifier ceux les plus susceptibles de s’être dopés.
Au final toutefois, les performances ne sont-elles pas trop étrangères à la prise de substances interdites et influencées par de trop nombreux facteurs extérieurs pour reconnaître quelqu’un coupable de dopage? Peut-être le seul verdict final passera-t-il toujours par des tests.
[De Nature News]
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