L’humanité épuise les ressources naturelles et doit changer de modèle, avertit l’Onu

Par Thierry Noisette | 13 mai 2011 | 0 commentaire

Dans 40 ans, au rythme actuel, nous consommerons 140 milliards de tonnes de ressources naturelles par an, trois fois plus que maintenant: une perspective insoutenable, avertit un rapport, qui prône la sobriété et l’innovation.

Si nous poursuivons la croissance économique sur notre mode actuel, d’ici 2050 nous  consommerons trois fois plus de ressources naturelles (minerais, biomasse, hydrocarbures…) par an dans le monde que maintenant, bien au-delà du supportable. C’est un des avertissements d’un rapport présenté hier à New York, au siège de l’Onu, par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

Ce rapport est intitulé « Dissocier l’utilisation des ressources naturelles et leur impact sur l’environnement de la croissance économique ». Il souligne que les gisements de plusieurs ressources, comme le pétrole, le cuivre et l’or , commencent déjà à s’épuiser: conséquence, une hausse des combustibles et de l’eau douce nécessaires à leur extraction.

Faire plus avec moins

D’où la plaidoirie du rapport pour une dissociation (ou un découplage), apprendre à produire plus de richesses en utilisant moins de ressources. Pour éviter le cortège de pénuries, de guerres et de tensions sociales qu’engendrerait une poursuite de l’épuisement des ressources, l’humanité doit apprendre à faire plus avec moins.

Selon ses auteurs, les pays qui investiront dans des innovations en profiteront alors que d’autres seront confrontés à la nécessité d’évoluer rapidement. Le rapport cite les progrès de quatre pays dans le sens de cette dissociation: le Japon, l’Allemagne, l’Afrique du Sud et la Chine.

Les auteurs recommandent « de soutenir les innovations technologiques, économiques et sociales par des investissements massifs, pour parvenir au moins au gel de la consommation par habitant dans les pays riches, tout en aidant les pays en développement à adopter un mode de croissance plus durable ».

Le rapport propose trois scénarios de consommation des ressources d’ici 2050 (on remarquera que les deux premiers auraient un impact environnemental et climatique énormes):

Scénario 1: maintien du statu quo dans les pays développés, convergence des autres pays

La consommation de ressources par habitant demeure stable dans les pays industrialisés, comme au cours des trois dernières décennies, et le reste du monde poursuit la tendance actuelle de rattrapage. Ce scénario conduit à une consommation annuelle totale de 140 milliards de tonnes de minéraux, de minerais, de combustibles fossiles et de biomasse, soit 16 tonnes par habitant pour une population mondiale de 9 milliards de personnes d’ici 2050.

C’est un « scénario insoutenable du point de vue de l’utilisation des ressources et des niveaux d’émissions, qui dépasse probablement toutes les mesures envisageables en matière de ressources disponibles et d’évaluation des limites en matière de capacité à absorber les impacts. »

Scénario 2: légère contraction de la consommation dans les pays développés, convergence des autres pays

Les pays industrialisés diminuent de moitié leur consommation par habitant (8 tonnes), tandis que les autres pays rejoignent ce niveau. La consommation totale à l’échelle mondiale s’élèverait par conséquent à 70 milliards de tonnes d’ici 2050. « Ce scénario suppose d’importants changements structurels, qui conduiraient à de nouveaux modes de production industrielle et de consommation, différant sensiblement du modèle industriel occidental traditionnel, gros consommateur de ressources. »

Ce scénario aboutit à une consommation mondiale de 70 milliards de tonnes d’ici 2050, soit 40% de plus que le volume annuel des ressources extraites enregistré en 2000. La moyenne des émissions de CO2 par habitant augmenterait de presque 50% pour atteindre 1,6 tonne par personne et les émissions mondiales devraient plus que doubler.

Scénario 3: forte contraction de la consommation dans les pays développés, qui convergent avec les autres pays

Les pays industrialisés réduisent de deux tiers leur consommation par habitant et les autres nations demeurent à leurs niveaux actuels, avec pour résultats un taux de consommation mondial annuel par habitant de six tonnes et une consommation totale mondiale de près de 50 milliards de tonnes, qui équivaut à celle de l’année 2000.

Ce scénario comporterait tant de restrictions et rebuterait tellement les décideurs politiques qu’il « peut difficilement être envisagé comme un objectif stratégique potentiel », reconnaissent les auteurs.

Et pourtant, des mesures aussi strictes que celles-ci maintiendraient la consommation mondiale à des niveaux que les scientifiques estiment encore insoutenables. Les émissions moyennes de CO2 par habitant seraient réduites d’environ 40% pour atteindre 0,75 tonne/habitant et les émissions mondiales se stabiliseraient à leur niveau de 2000.

On le voit, la tonalité n’est pour le moins pas optimiste. Les auteurs comptent mettre l’accent, dans leurs prochains rapports, sur les mesures à prendre pour améliorer la productivité des ressources et proposer des alternatives valables aux décideurs. L’an prochain aura lieu à Rio.

Parmi les points positifs relevés:

- L’urbanisation peut réduire le taux de consommation d’une population donnée en améliorant la qualité de la fourniture des services et en « concentrant le savoir-faire ainsi que les ressources financières, sociales et institutionnelles nécessaires à la mise en place d’innovations durables »: on consomme moins par habitant en énergie, en transports et en matériaux dans les zones densément peuplées.

- Les pays en développement, qui ne sont pas freinés par les technologies existantes, pourront sauter les étapes qui mènent à des modes de croissance et de production moins consommateurs de ressources, à l’instar d’une grande partie du continent africain, qui a adopté directement la téléphonie sans fil sans passer par un réseau téléphonique fixe.

Sur la Toile

Decoupling’ Natural Resource Use and Environmental Impacts from Economic Growth – le rapport (en anglais)

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