« L’innovation dans l’énergie va être une seconde révolution industrielle », selon le ministre américain de l’Énergie

Par Andrew Nusca | 25 novembre 2011 | 0 commentaire

(vidéo) Pour Steven Chu, les Etats-Unis ne doivent pas seulement inventer de nouvelles technologies, mais aussi les fabriquer.

Pour obtenir un changement sociétal, il faut investir dans l’innovation. Pour obtenir l’innovation, il faut investir dans la recherche et mettre l’accent sur la productivité. « L’innovation est au cœur de la société. La recherche technologique et la science sont au cœur de l’innovation. »

C’est du moins ce qu’estime le ministre américain de l’Énergie Steven Chu, qui a déclaré que l’innovation a changé le monde de « manière remarquable », mais que les États-Unis risquent de voir d’autres nations les devancer faute de reconnaître la trajectoire et les implications de la mondialisation.

« Nous avons besoin d’innovation dans le domaine de l’énergie », a-t-il indiqué. « L’innovation dans l’énergie va être une seconde révolution industrielle. »

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Dans une présentation de 45 minutes, le 14 octobre, au Stevens Institute of Technology, Steven Chu a retracé plusieurs innovations technologiques dans l’histoire qui ont « transformé le monde ». Il a démontré que, pour chacune d’elles, la productivité via la technologie était la formule gagnante.

« Sur le long terme, vous devez vous améliorer dans ce que vous faites », estime-t-il. « Si vous produisez la même chose, c’est mauvais signe. La productivité par personne doit augmenter. »

Agriculture

Une innovation majeure a été le développement d’un engrais à base d’azote à la fin du 19e siècle par les chimistes Carl Bosch et Fritz Haber. Le duo a remporté de multiples prix Nobel pour cette découverte (« en raison de son extrême importance », a précisé Steven Chu) qui a permis aux humains d’augmenter considérablement leur rendement agricole en le multipliant par cinq ou plus, évitant la famine dans de nombreux pays en voie de développement.

« La bataille pour nourrir toute l’humanité est terminée », a déclaré Steven Chu en citant l’auteur Paul Ehrlich.
Une autre avancée majeure a ensuite été le développement de souches de blé résistant aux maladies qui pouvaient tolérer l’engrais artificiel et produire des rendements supérieurs. Les affamés y ont vu une évolution pouvant changer leur vie, mais d’autres l’ont critiqué pour avoir introduit une ère de monoculture durant laquelle les agriculteurs ont tourné le dos à la biodiversité afin de maximiser la production alimentaire par hectare.

Steven Chu a cité le lauréat du Nobel Norman Borlaug:

Quelques-uns des lobbyistes de l’environnement des nations occidentales sont le sel de la terre, mais beaucoup d’eux sont des élitistes. Ils n’ont jamais connu la sensation physique de la faim. Ils exercent leur lobbying depuis de confortables bureaux à Washington ou Bruxelles. S’ils avaient vécu ne serait-ce qu’un mois au milieu de la misère du monde en voie de développement, comme je l’ai fait pendant 50 ans, ils réclameraient à corps et à cri des tracteurs, de l’engrais et des canaux d’irrigation, et seraient scandalisés de voir que les élitistes qui sont à la mode chez nous essayent de leur refuser ces choses-là.

Les critiques n’avaient toutefois pas entièrement tort.

Observez l’évolution de la population mondiale tout au long de l’histoire, a proposé Steven Chu. La forte hausse se produit entre 1800 et 1930, autrement dit la Révolution industrielle.

« Sommes-nous en train de perdre le contrôle? », s’est interrogé Steven Chu. Au rythme actuel, il ne faudra que 13 ans pour ajouter un milliard de personnes supplémentaires.

« La bonne nouvelle est que la réponse est non », a-t-il rassuré. « Si vous regardez la projection de la croissance de la population, elle commence à ralentir. Nous prévoyons 9,3 milliards d’habitants d’ici le milieu du siècle. D’ici la fin du siècle, la population devrait atteindre un plateau, puis décliner. »

La raison: une chute des taux de fécondité. Dans un pays aujourd’hui, le taux de fécondité est de 1,1 (pour que la population reste stable, il faut un taux de 2,1 à 2,2). De nombreuses raisons expliquent cette chute, mais il existe une forte corrélation entre le taux de fécondité et le nombre de femmes qui sont éduquées.

« Plus vous êtes pauvre, plus vous avez d’enfants, car dans un pays pauvre, vous savez que tous vos enfants ne parviendront pas à l’âge adulte. »

Télécommunications

Il existe toutefois beaucoup d’autres technologies transformatrices. L’invention de l’électronique moderne et la capacité à utiliser l’électronique pour amplifier les signaux en sont une, et tout a démarré avec le tube à vide à Bell Labs, où Steven Chu a passé neuf ans. L’invention de ce système, puis du transistor à semi-conducteurs qui l’a remplacé et enfin du circuit intégré qui a supplanté ce dernier, a été un pilier pour l’une des plus grandes industries sur Terre.

« Ces innovations ont réellement transformé la façon dont l’information circule à travers le monde », a rappelé le ministre, ajoutant comme exemples les fibres optiques et les communications sans fil.

Transport

Le passage du transport par l’homme et par l’animal au moteur à vapeur a également été transformateur.
« Durant la période la plus sombre de l’histoire de notre pays (la guerre de Sécession), on aurait pu croire que le pays n’avait pas de ressources pour quelque chose qui ne soit pas dédié à l’effort de guerre », a souligné Steven Chu. « Et pourtant si. »

Le financement d’un chemin de fer transcontinental par l’administration Lincoln (16.000 dollars en subventions accordées aux compagnies ferroviaires pour chaque mile, ainsi qu’un lopin de terre tous les 10 miles) a permis à la Californie d’être reliée à la côte est en tout juste sept ans.

« Aujourd’hui, il faudrait sept ans [uniquement] pour obtenir une autorisation », a déploré Steven Chu.

Les développements dans l’industrie ferroviaire en ont encouragé d’autres dans les industries du transport maritime et de l’aviation, qui ont ensuite affecté d’autres marchés, a-t-il rappelé.

« Les trains, les avions et les bateaux ont révolutionné [le marché alimentaire]. Cela a vraiment transformé le mode de déplacement des individus et la façon dont nous faisons circuler les marchandises. »

Puis est venue l’automobile. Tout en prenant soin de noter que c’est Gottlieb Daimler qui a inventé l’automobile et le moteur à combustion interne, et non Henry Ford, Steven Chu a souligné que c’est la chaîne de montage de Ford qui a porté l’automobile sur le marché de masse.

« La productivité par employé a fait un bond de géant. »

Énergie

Steven Chu a constaté des similitudes avec la chaîne de montage de Ford lorsqu’il a visité une centrale solaire SunTech en Chine. Avec des chaînes de production automatisées réparties sur quatre étages et une efficience record pour le silicium polycristallin, l’entreprise a fait sienne le mantra « Construire mieux pour moins cher », a-t-il confié.

« Ils ont simplement regardé ce qu’avaient fait les États-Unis au cours du demi-siècle dernier et se sont dit ‘Pourquoi pas nous?’ »

Les technologies relatives aux énergies propres peuvent avoir un impact positif sur l’environnement de la même manière que les automobiles auparavant. Non que les voitures ne produisent pas de smog, bien entendu, mais le grand problème de pollution environnementale au tournant du siècle précédent était les millions de kilos de fumier dans les rues des villes produits par les chevaux servant au transport.

À l’époque, les véhicules à essence étaient synonymes de rues propres, a rappelé Steven Chu.

« [Aujourd'hui] nous avons un autre problème environnemental », a-t-il déclaré en parlant de la pollution et des gaz à effet de serre générés par la combustion des carburants fossiles. « Il n’est peut-être pas aussi visible ou agressif pour nos sens que le fumier de cheval », mais il est tout aussi important.

La bonne nouvelle est qu’au cours des six dernières années, le prix de l’installation des équipements solaires commerciaux a chuté de 50%. Tous les modèles opérationnels prédisent une baisse supplémentaire d’au moins 50% d’ici la fin de la décennie, s’est réjouit Steven Chu.

C’est pourquoi le ministère américain de l’Énergie se pose la question suivante: comment pouvons-nous accélérer la baisse pour parvenir au prix difficile à atteindre de 1 dollar par watt auquel les technologies propres sont concurrentielles avec les combustibles fossiles?

« Nous pensons que même à 1,50 dollar le watt, elles se généraliseront », a-t-il estimé. « Elles se propageront dans le monde entier. La question est de savoir si nous voulons importer ces technologies ou les exporter. »

En d’autres termes, l’Amérique veut-elle simplement inventer de nouvelles technologies comme Gottlieb Daimler, ou bien également les fabriquer avec succès comme Henry Ford?

De 1990 à 2008, le nombre d’emplois aux États-Unis a augmenté d’environ 27 millions, mais pratiquement tous ces postes étaient dans des secteurs « non commercialisables », comme l’administration, les soins de santé, la construction et autres qui ne peuvent pas s’exporter à l’étranger.

« La partie commercialisable, où nous sommes en concurrence avec le reste du monde, n’a pas augmenté du tout », a déploré Steven Chu.

« Inventé en Amérique » ne suffit pas

Il n’y a rien de mal à ce que le nombre d’emplois dans les secteurs non commercialisables augmente, a concédé Steven Chu, et les meilleures idées continuent de venir des universités de recherche, des laboratoires nationaux et des inventeurs dans leur garage, mais l’Amérique risque de passer à côté d’une opportunité majeure de dominer le monde si elle ne lutte pas également pour populariser les technologies dans les énergies propres.

« La mention ‘Inventé en Amérique’ ne suffit pas », a-t-il affirmé. « Personne ne veut d’une boîte d’iPhone qui dit ‘Inventé en Amérique, fabriqué en Chine’. Ce qu’on veut, c’est une boîte qui mentionne ‘Inventé en Amérique, fabriqué en Amérique’. »

Après avoir inventé l’aviation, les États-Unis ont réussi à rattraper leur retard pour dominer l’industrie à nouveau, a rappelé Steven Chu. Il faut faire de même dans l’énergie.

« Nous pouvons revenir à la hauteur de ce que nous pouvons être », a-t-il conclu. « Nous l’avons fait dans beaucoup d’autres secteurs. Nous ferions bien de le faire dans le secteur de l’énergie. »

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