(vidéo) Discours de Nicolas Sarkozy, tribune de François Hollande: le rôle du nucléaire et des ENR, ainsi que la sobriété énergétique, deviennent des thèmes de campagne.
La primaire socialiste, puis l’accord entre le PS et les écologistes d’EELV, ont montré que la politique énergétique, longtemps sujet réservé en France à une poignée d’experts, est devenue un vrai thème de débat.
Avec le nouveau discours de Nicolas Sarkozy sur le sujet, vendredi, puis la tribune de François Hollande dans Le Monde de ce lundi soir, le sujet s’avère même un des axes de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012.
Le 25 novembre donc, le président de la République a prononcé, à la centrale nucléaire du Tricastin, un discours sur la politique énergétique de la France, en présence notamment du PDG d’EDF, Henri Proglio et du président du directoire d’Areva, Luc Oursel.
http://www.dailymotion.com/videoxmmd5fObservant que le consensus passé sur la question est aujourd’hui remis en cause, le pas encore candidat déclaré a dressé un historique de l’industrie nucléaire en France, de la IVè République à la sortie de la Seconde Guerre mondiale à nos jours.
Il a mis en exergue le rôle de l’énergie nucléaire en matière d’emploi:
« Notre parc de centrales nucléaires fait vivre une filière industrielle qui représente, pour ses acteurs comme pour ses sous-traitants, 240.000 emplois. (…) A quoi il convient évidemment d’ajouter les retombées considérables dans tous les bassins d’emplois concernés. (…)
Plus grave encore, arrêter le développement et la modernisation de notre filière nucléaire serait porter un coup absolument fatal à la compétitivité de notre économie.
Les activités dites électro-intensives, c’est-à-dire qui utilisent massivement l’électricité dans leur processus de production, assurent dans notre pays 150.000 emplois. Pour eux, pour ces emplois, l’électricité représente aujourd’hui 5 à 15% du prix de revient de leurs produits, et cela peut aller dans certains secteurs, je pense à l’aluminium, jusqu’à 30 à 40% du prix de revient. »
Les renouvelables, « complémentaires » du nucléaire
Le chef de l’Etat a affirmé que
« Le coût de l’électricité pour les ménages allemands est d’ores et déjà le double de ce qu’il est en France. Pour un ménage qui consomme en moyenne 3.500 Kwatt/heure par an, la facture est de 860 euros en Allemagne, elle est de 453 Euros en France. (…)
Mettre un coup d’arrêt au développement et à la modernisation de notre filière nucléaire, c’est encore porter un coup à l’indépendance de la France.
Notre parc nucléaire assure notre indépendance. Il a permis à notre pays de réduire drastiquement sa consommation de pétrole par rapport au début des années 70.
Renoncer au nucléaire conduit inévitablement à importer des énergies fossiles en quantités considérables comme tous les pays qui ne disposent pas de l’atout nucléaire. Veut-on vraiment que nous nous mettions dans la main des producteurs de pétrole? »
Vantant l’absence de dégagement de CO2 de l’énergie nucléaire, Nicolas Sarkozy a relativisé l’apport des énergies renouvelables; c’est une filière qui « n’a pas vocation à venir se substituer à la filière nucléaire. Elle est là pour venir remplacer à terme, toutes les énergies ‘carbonées’. Les énergies renouvelables sont complémentaires de l’énergie nucléaire. »
Le président a estimé que le remplacement des centrales nucléaires par du solaire ou de l’éolien aurait un coût « prohibitif » et affirmé que « ceux qui promettent le remplacement du nucléaire par des énergies renouvelables mentent aux Français ».
« Notre objectif est que 23% de la consommation d’énergie des Français en 2020 soit de l’énergie renouvelable. Je rappelle pour mémoire qu’en 2005, ces énergies représentaient 9,5%, pourcentage qui n’avait pas évolué depuis l’achèvement du programme de barrages hydroélectriques.
La politique que nous avons mise en œuvre a permis de développer considérablement les énergies renouvelables qui sont passées à 13% de la consommation énergétique à la fin de l’année dernière.
Quelques chiffres: entre 2005 et 2011, la capacité éolienne, en France, a été multipliée par 8. (…)
Nos efforts ont été considérables sur la biomasse, le biogaz, tant pour la production de chaleur, que pour la production d’électricité. Cela permettra, par exemple, de reconvertir à Gardanne une centrale à charbon qui était vouée à la fermeture.Le parc photovoltaïque a été développé: il a été porté de 2 mégawatts à 1.700 mégawatts aujourd’hui.
Le développement des énergies renouvelables ne peut et ne doit se faire qu’à un rythme soutenable.
En somme, à contrario des objectifs idéologiques. Notre objectif est de développer les renouvelables.
Cette stratégie implique de conforter la filière nucléaire et de développer la filière renouvelable. »
Hollande: sortir du tout-pétrole et du tout-nucléaire
François Hollande a répliqué sur le même sujet ce lundi, en publiant dans Le Monde une tribune intitulée « Réussir la transition énergétique ».
Il y affirme:
« Il s’agit de sortir progressivement du tout-pétrole pour les transports et du tout-nucléaire pour l’électricité ». Le parc électronucléaire français, dont « nous connaissons les atouts (…) doit désormais se moderniser et s’adapter. Les centrales lancées à la fin des années 1970 seront en fin de vie dans les quinze prochaines années. Des investissements importants devront y être consacrés pour éventuellement les prolonger, sachant que les exigences en matière de sécurité en élèveront le coût, sans oublier la question lancinante du stockage des déchets. »
Le candidat socialiste affirme que « si nous ne faisons rien, notre retard en matière d’énergies renouvelables s’accentuera, d’autant que la politique chaotique du gouvernement depuis cinq ans a encore aggravé notre écart de performance avec nos pays voisins, notamment l’Allemagne (230.000 emplois contre 40.000 en France). Et les difficultés d’Areva, provoquées par un affaiblissement financier, voire un démantèlement organisé par le pouvoir, ont nui à l’investissement dans les énergies nouvelles. »
Rappelant son objectif, réduire d’ici 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75% à 50% et faire monter celle des énergies renouvelables, François Hollande estime que cette mutation qui prendra donc trois quinquennats, « supposera des étapes d’évaluation en fonction des progrès de la science et des prix relatifs de chaque source d’énergie.
L’industrie nucléaire, loin d’être affaiblie, sera à plusieurs titres sollicitée, et donc renforcée. Elle aura à intervenir sur les centrales les plus anciennes, à être exemplaire en matière de démantèlement et à poursuivre les recherches sur les énergies de demain, tout en garantissant la sécurité absolue de chaque site de production. »
Le candidat prend quatre engagements: la fermeture de la plus vieille centrale atomique française, Fessenheim, la poursuite jusqu’à son terme du nouveau réacteur EPR à Flamanville, la préservation du système de retraitement des déchets et de sa filière, et le fait que « aucune autre centrale ne sera lancée durant ce mandat ».
François Hollande annonce aussi comme objectif la promotion d’une « société de sobriété énergétique », en agissant en priorité sur le bâti (« généralisation des appareils de faible consommation, diminution des pertes en ligne, stockage de l’électricité »).
Il estime que quel que soit le scénario sur la part du nucléaire, le prix de l’énergie « aura tendance à s’élever en raison du renchérissement des énergies fossiles et de l’ampleur des investissements à engager sur les centrales comme sur les énergies renouvelables » (le PDG d’EDF, Henri Proglio, prévoyait le 9 novembre que dans les dix ans, le prix de l’électricité suivra une augmentation « modérée » en France de 22 à 34%).
Le candidat annonce enfin l’ouverture, s’il est élu en mai 2012, d’un « grand débat sur l’énergie en France associant largement les acteurs et les citoyens, dont le Parlement fixera la conclusion par le vote d’une loi de programmation de la transition énergétique ».
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