Pour Veolia Transdev et IBM, « des transports plus intelligents sont possibles »

Par Thierry Noisette | 28 juin 2012 | 0 commentaire

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Sur le modèle appliqué au projet Optimod’Lyon, les deux entreprises développent la solution Smarter Mobility, destinée à fluidifier les transports urbains en assurant aux voyageurs une information prédictible et multimodale une heure à l’avance.

Veolia Transdev et IBM ont présenté hier leur solution Smarter Mobility, destinée à améliorer les déplacements en ville. Objectif: simplifier la vie des voyageurs en leur évitant les pertes de temps et en leur conseillant les moyens de transport et les itinéraires les plus adaptés, et réduire les congestions de trafic et leurs conséquences (pollution, émissions supplémentaires de gaz à effet de serre, temps perdu pour les personnes et les entreprises…).

La première application de Smarter Mobility sera Optimod’Lyon, en cours de développement dans l’agglomération du Rhône. Le principe, croiser les données des différents services et infrastructures (trafic routier, billettique des transports en commun, occupation des parkings, disponibilité des vélos en libre-service, météo…) pour être à même d’anticiper.

Le système doit être capable, assurent ses promoteurs, de dire une heure à l’avance quel sera l’état du trafic et le temps nécessaire pour tel ou tel déplacement. Le voyageur pourra alors s’adapter et, en choisissant par exemple les transports publics ou la marche à pied plutôt que sa voiture, réduire les embouteillages.

Des données de plus en plus nombreuses

Jérôme Gallot, directeur général de Veolia Transdev, explique que la mobilité pose de sérieux défis aux collectivités, avec des infrastructures saturées, un espace urbain de plus en plus complexe, « avec des acteurs qui n’agissent pas toujours de façon coordonnée. Dans un contexte financier contraint pour les collectivités, il faut chercher l’optimisation plutôt que la création de nouvelles infrastructures. »

Parmi les atouts actuels, note-t-il, la disponibilité de données toujours plus nombreuses, avec des capteurs de plus en plus disséminés, et la technologie qui permet de traiter ces données de masse. Et ce Big Data est complété par l’accès de chacun à l’information, sur smartphones, tablettes, panneaux d’affichage et autres supports, ce qui va permettre de « coordonner les mondes du transport individuel et du transport en commun, avec une information prédictible et fiable ». « La prédictibilité est le maître mot », affirme Jérôme Gallot, qui voit là un double bénéfice:

  • Les villes pourront anticiper les pointes de trafic et s’y adapter (augmenter l’offre de bus, ouvrir ou fermer une voie…),
  • les voyageurs pourront prévoir le trafic et adapter leur mode de déplacement selon les temps de trajet annoncés.

L’analyse prédictive utilisée doit permettre à un voyageur de voir les interconnexions possibles (arrivée de tel bus avant de prendre un train ici, etc.), y compris en cas d’incidents – accident, pluie…

« La ville va être le creuset de tous les problèmes de l’humanité »

Alain Bénichou, président d’IBM France, souligne qu’en France, 80% des gens habitent dans des villes. « Nous pensons que la ville va être le creuset de tous les problèmes de l’humanité. » Or, dans les agglomérations, le problème numéro un pour les habitants est le transport.  « 1,5% du PIB est perdu dans les embouteillages, en perte de productivité », observe Alain Bénichou, qui indique que « tous les matins à 6h30, le plus grand bouchon d’Europe se crée à l’est de Paris ». Et il note qu’une très faible diminution du trafic peut faire disparaître un bouchon.

Les deux partenaires affirment à l’unisson que Smarter Mobility « ce n’est pas du rêve, ce truc existe ». Dans les villes, rappellent-ils, l’eau, l’énergie, le trafic, tous ces flux correspondent à des données, généralement cloisonnées, là où l’intérêt c’est de les croiser et de créer de la transversalité.

Pour Géraud Boursin, directeur des services numériques de Veolia Transdev, « dans un monde instrumenté et interconnecté, des transports plus intelligents sont possibles ». Il faut pour cela transformer la façon dont la ville fonctionne, et la rendre multimodale, et non plus avec des silos séparés. Il s’agit d’interfacer des choses existantes, et de « partager et valoriser l’information des différents opérateurs ».

Géraud Boursin cite Nice, où la billettique, via le paiement NFC (sans contact, avec son téléphone mobile), est intégrée et multimodale.

Veolia Transdev a lancé en mars 2012 une application pour smartphone, Urban Pulse, qui réunit les informations sur l’ensemble des moyens de transport en Ile-de-France. Elle fonctionne aussi à Chambéry, Strasbourg, Rennes, la Nouvelle-Orléans, et prochainement à New York, Boston et Avignon.

Réduire de 8% le trafic à Lyon

Dans le cas du Grand Lyon (qui a adopté fin novembre un plan énergie climat), l’objectif d’Optimod’Lyon est de réduire de 8% le trafic, ce qui aura aussi pour résultat d’économiser 200.000 tonnes de CO2 par an.

La conférence de presse d’hier a été l’occasion d’un appel à plus d’open data. Alain Bénichou estime que « la puissance publique a un impérieux impératif de donner accès aux données », et il souligne que « à Londres, tout ce qui bouge dépend d’une seule organisation, Transport for London, et sur un large territoire ».

L’open data, affirme-t-il, c’est d’abord du ressort des politiques, sous la pression des citoyens. « Il faut une autorité, il faut un Gérard Collomb, un Christian Estrosi [maires de Lyon et de Nice] pour jouer le rôle d’agrégateur. »

Géraud Boursin a cité le récent avis du Conseil national du numérique (début juin) sur l’open data, pour observer que si l’open data s’impose aux collectivités, ce n’est pas le cas pour de nombreux délégataires. Déplorant au passage les données « souvent très fermées » de la SNCF, il a rappelé qu’il « faut des données propres et organisables », et assuré que « à Lyon la plate-forme que nous créons sera open data ».

L’objectif commercial de Smarter Mobility? Cinq villes signées d’ici 2013, indique le directeur des services numériques de Veolia Transdev. La solution s’appuie sur les technologies du « Centre d’opérations intelligent » d’IBM, créé pour donner aux villes une vision globale de l’ensemble des services urbains.

Veolia Transdev et IBM ont créé une structure commerciale commune, qui vise « les plus grands pays, Pays-Bas, Allemagne, Grande-Bretagne, Italie, Etats-Unis, Chine, Australie… » En France, les deux partenaires ne cachent pas leur intérêt pour le futur Grand Paris.

Veolia Transdev

  • L’entreprise née en mars 2011 de la fusion de Veolia Transports et de Transdev a pour actionnaires, à 50/50, la Caisse des dépôts et consignations, et Veolia Environnement. Cet actionnariat pourrait bouger prochainement.
  • Elle conseille et accompagne les collectivités territoriales, de la conception à l’exploitation des réseaux de transports publics.
  • Le groupe compte 102.000 collaborateurs dans 27 pays.
  • Il exploite 60.000 véhicules et 25 réseaux de tramways.
  • Son chiffre d’affaires 2011 a été de 7,8 milliards d’euros.

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