Pour qu’elles soient plus facilement employées comme preuve dans un procès criminel, des chercheurs américains ont développé une méthode d’échelle de probabilité de l’appartenance des empreintes à un suspect.
Actuellement, dans le système judiciaire américain, les empreintes digitales trouvées sur les scènes de crime sont souvent interdites d’utilisation comme preuve dans un procès. Cela peut défier la logique, mais ces empreintes ne sont pas aussi fiables qu’il y paraît, et les juges ne veulent pas d’incertitude dans leurs tribunaux.
Un professeur de l’université d’État de Pennsylvanie veut changer cette situation. Une équipe de chercheurs dirigée par le spécialiste en criminalistique Cedric Neumann a développé un nouveau modèle pour établir la probabilité mathématique qu’une empreinte puisse appartenir à un suspect donné.
Pour les tribunaux aujourd’hui, il n’y a que deux possibilités: si les procureurs ont la certitude absolue que les empreintes digitales appartiennent bien aux suspects, elles sont admises en tant que preuve. En l’absence de cette certitude, elles ne sont pas utilisées du tout.
Pourtant, elles devraient l’être, estime Cedric Neumann. « Il est impensable que des preuves aussi importantes ne soient pas consignées et qu’elles soient régulièrement tenues à l’écart des tribunaux », s’insurge-t-il.
Son modèle statistique commence par comparer les points de détail les plus fins sur une « empreinte de contrôle » du suspect avec une empreinte obtenue comme preuve sur la scène de crime.
À partir de là, les chercheurs procèdent à deux tests: le premier compare l’empreinte de contrôle à une série d’autres empreintes du suspect et est censé établir la probabilité que l’empreinte trouvée sur la scène de crime a effectivement été laissée par le suspect. Le second compare l’empreinte laissée sur la scène de crime à une série d’empreintes dans une base de données de référence et est censé établir la probabilité que l’empreinte trouvée sur la scène a été laissée par quelqu’un d’autre que le suspect.
En calculant le rapport de vraisemblance entre les deux probabilités, les chercheurs pourraient exprimer la certitude en termes quantitatifs: plus le rapport est élevé, plus il est probable que le suspect est à l’origine de l’empreinte laissée sur la scène de crime.
L’idée est d’amener la rigueur du procédé scientifique dans des salles de tribunaux guidées par l’opinion et le ressenti. Tout simplement, la certitude doit reposer sur les preuves disponibles, et non sur l’intuition, en alignant davantage les empreintes digitales sur le procédé en place pour les preuves d’ADN.
« La pratique actuelle permet de présenter un état de certitude au tribunal qui n’est pas justifié scientifiquement, ni étayé par des données ou un procédé logique », souligne Cedric Neumann. « Nous pensons que ce n’est pas à l’examinateur de décider quelles preuves doivent être présentées ou pas. Notre méthode permet à toutes les preuves d’être étayées par des données et apportées en fonction d’une échelle continue. »
Les travaux seront publiés d’ici la fin de l’année dans la revue Journal of the Royal Statistical Society.
Illustration: Pearson Scott Foresman/Wiki Commons (domaine public)
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