À défaut de mettre en place des pratiques de gestion durable des ressources en eau, plus de la moitié de la population mondiale sera exposée à une grave pénurie d’eau d’ici 2050, à en croire un nouveau rapport.
D’après une étude réalisée par Veolia Water, entreprise de Chicago (et filiale du groupe français) spécialisée dans les services de traitement de l’eau et des eaux usées, et l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (International Food Policy Research Institute, IFPRI), la pénurie d’eau est autant un problème économique qu’environnemental.
Les auteurs écrivent:
L’efficience de la gestion de l’eau et notre capacité à faire face à la croissance économique et démographique sont inextricablement liées. [...]
Aujourd’hui, 36% de la population mondiale (environ 2,4 milliards d’individus) vivent déjà dans des régions où l’eau est rare, et 22% du PIB mondial (9,4 billions de dollars en base 2000) sont produits dans des régions touchées par le manque d’eau. Qui plus est, 39% de la production céréalière mondiale actuelle ne sont pas durables en termes d’utilisation de l’eau.
D’après l’analyse de l’IFPRI, si rien n’est fait, les pratiques établies de gestion de l’eau et les niveaux actuels de productivité de l’eau menaceront environ 63 billions de dollars, ou 45% du PIB mondial projeté de 2050 (en base 2000), soit 1,5 fois le poids total actuel de l’économie mondiale. De plus, 4,8 milliards d’individus (52% de la population mondiale) seront exposés à une grave pénurie d’eau d’ici 2050.
Ce scénario extrême aura alors un impact considérable sur les décisions d’investissement, augmentera les coûts opérationnels et économiques, et affectera la compétitivité de certaines régions.
Il ne s’agit pas que d’une simple mise en garde: en Chine, en Inde et dans d’autres puissances économiques émergentes, la pénurie d’eau commence déjà à « menacer dangereusement la croissance ». Plus de 1,4 milliard d’individus vivent dans des zones à stress hydrique élevé dans ces deux pays, signalent les auteurs du rapport.
Toutefois, les pratiques durables peuvent aider. Plus d’un milliard d’individus dans le monde (et environ 17 billions de dollars de produit intérieur brut, ou PIB) pourraient bénéficier d’une utilisation plus intelligente de l’eau. En outre, le nombre d’enfants susceptibles de souffrir de malnutrition chuterait de 21%, d’après l’étude.
Autres données notables
• Les pratiques établies de gestion de l’eau menaceront environ 63 billions de dollars du PIB mondial d’ici 2050, soit 45% du total.
• Si les pratiques établies perdurent, ce sont 4,8 milliards d’individus (52% de la population mondiale) qui vivront dans des zones touchées par le manque d’eau d’ici 2050.
Les auteurs mettent en avant quatre stratégies qui présentent des degrés divers d’utilisation efficiente de l’eau.
Ces stratégies sont les suivantes, classées de la moins efficiente à la plus efficiente.
• Grise. Aucune amélioration de la productivité de l’eau et gains d’efficacité énergétique mineurs. La demande en eau et en énergie augmente de 20% dans l’OCDE et de 130% dans les autres pays. Combinaison d’énergies: production d’énergie thermoélectrique et nucléaire.
• Faibles émissions de carbone. Autrement dit, le scénario de l’eau découlant de l’adoption d’une énergie à faibles émissions de carbone. Point étonnant, les impacts sur l’eau de la biomasse (irrigation) et de l’énergie hydraulique (évaporation des réservoirs) l’emportent sur les économies d’eau réalisées grâce aux gains d’efficience. Cette stratégie est meilleure que la précédente, mais moins productive que la suivante.
• Conservation des pratiques établies. Améliorations modérées dans la réduction des fuites et gains de productivité de l’eau réalisés d’environ 50%. La demande en eau et en énergie augmente de 10% dans l’OCDE et de 110% dans les autres pays. Combinaison d’énergies: part élevée de la production thermoélectrique conventionnelle et quelques énergies renouvelables.
• Bleue. Améliorations majeures dans la réduction des fuites et les gains d’efficience de l’eau. La demande en énergie augmente de 19% dans l’OCDE et de 110 % dans les autres pays. Combinaison d’énergies: l’énergie renouvelable augmente de 19% en 2008 à 29% en 2030.
La grande leçon à retenir est que la préservation de l’eau est de plus en plus une décision économique, même pour les entreprises qui ne s’en occupent pas directement, comme l’industrie des produits alimentaires et des boissons (le rapport est en intégralité ici, en PDF)
Alors quelle est la réponse? Les auteurs suggèrent des campagnes pour sensibiliser davantage le public, des niveaux plus élevés de réutilisation de l’eau, des améliorations des technologies de l’eau, des mises à niveau de l’infrastructure de traitement de l’eau et des eaux usées, des services pour les populations pauvres rurales et urbaines, ainsi qu’une plus grande efficacité énergétique et une utilisation accrue des énergies renouvelables.
Autant d’idées formidables. Mais comment y arriverons-nous?
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